Afrique

Financement des fintechs africaines : dette, méga-tours, sélectivité

Le financement tech africain a rebondi en 2025, mais la part de la fintech recule, la dette progresse et le nombre d'opérations a chuté au 1er semestre 2026.

Financement des fintechs africaines : dette, méga-tours, sélectivité

À retenir

  • Partech a recensé 4,1 milliards de dollars de financement tech africain en 2025, en hausse de 25 %, dont un record de 1,6 milliard en dette.
  • La fintech reste le premier secteur en fonds propres en 2025 (769 millions de dollars), mais sa part tombe à environ un quart face à la cleantech et à la santé.
  • Au 1er semestre 2026, la fintech a capté environ 41 % d'un marché d'environ 1,36 milliard de dollars, alors que le nombre de startups financées a atteint un plancher.
  • La Tunisie se classe 7e en Afrique en 2025 avec 39 millions de dollars en 17 opérations, loin derrière l'Égypte et le Maroc.
$769M
levés en fonds propres par les fintechs africaines en 2025, environ un quart du total
Partech Africa, 2026
41 %
part de la dette dans le financement tech africain en 2025, contre 31 % en 2024
Partech Africa, 2026
$556M
levés par les fintechs au 1er semestre 2026, soit 41 % du total africain
Max Cuvellier Giacomelli / NTU-SBF CAS, 2026

Le financement des fintechs africaines a repris des couleurs en 2025 après deux années difficiles, sans pour autant retrouver l'euphorie de 2021-2022. L'argent arrive de plus en plus sous forme de dette, une poignée de grandes entreprises captent l'essentiel des montants et la fintech cède du terrain à l'énergie, à la mobilité et à la santé. Pour les fondateurs tunisiens, qui sollicitent les mêmes investisseurs, cela change le profil d'une fintech « finançable ».

Trois baromètres, trois totaux

Il n'existe pas de chiffre officiel unique. Les principaux observatoires appliquent des méthodes différentes et aboutissent donc à des totaux différents :

  • Partech Africa a comptabilisé 4,1 milliards de dollars levés par la tech africaine en 2025, soit +25 % sur un an et la meilleure année depuis 2022. Ce montant comprend 2,4 milliards de fonds propres répartis sur 462 opérations et un record de 1,6 milliard de dette.
  • Africa: The Big Deal a recensé 3,2 milliards de dollars pour les opérations d'au moins 100 000 dollars, une hausse de 40 % après des reculs de 35 % en 2023 et de 25 % en 2024.
  • L'AVCA, l'association africaine du capital-investissement, retient 2,9 milliards de dollars, en hausse de 4 %.

Les écarts tiennent au périmètre : inclusion ou non de la dette et des subventions, seuil minimal par opération, traitement des tours non divulgués. Avant de comparer deux chiffres, il faut donc vérifier leur source.

La fintech reste en tête, mais sa part recule

La fintech demeure le premier secteur des startups africaines. Selon le rapport 2025 de Partech, les fintechs ont levé 769 millions de dollars en fonds propres en 2025, environ un quart du total, une part que Partech décrit comme en baisse. D'autres secteurs progressent bien plus vite :

  • cleantech : 550 millions de dollars en fonds propres, +186 % ;
  • logiciels d'entreprise : 238 millions, +55 % ;
  • santé : 215 millions, +232 %.

Les plus gros tickets fintech de 2025 sont allés à des acteurs établis. Africa: The Big Deal cite Wave, MNT-Halan et Moniepoint parmi les entreprises ayant levé plus de 100 millions de dollars. Une partie de ces montants était de la dette : les 137 millions de dollars obtenus par Wave en juin 2025, par exemple, prenaient la forme d'une facilité de crédit. Nous détaillons ces entreprises dans notre article sur les licornes fintech africaines.

Capital-risque levé par pays en 2025 (millions de dollars)

Source : AVCA via African Manager, 2026

Voir les données
LibelléValeur
Égypte604 M$
Afrique du Sud524 M$
Kenya335 M$
Nigeria287 M$
Maroc114 M$
Tunisie39 M$

La dette devient un pilier du marché

La tendance la plus nette est la montée de la dette. D'après Partech, elle représentait 41 % des capitaux levés par la tech africaine en 2025, contre 31 % en 2024 et 17 % en 2019. Le nombre d'opérations de dette est passé de 77 à 107.

La dette convient aux fintechs de crédit, qui ont besoin de capitaux pour alimenter leur portefeuille de prêts plutôt que pour couvrir des pertes. Elle convient aussi aux entreprises qui financent des actifs, comme des kits solaires ou des motos électriques. Mais elle suppose des flux de trésorerie prévisibles et des comptes audités : pour une startup en amorçage, elle reste rarement accessible.

Premier semestre 2026 : les montants tiennent, le nombre d'opérations chute

Le premier semestre 2026 a révélé un marché à deux vitesses. L'analyste Max Cuvellier Giacomelli, cofondateur d'Africa: The Big Deal, estime dans une analyse publiée en juillet 2026 par le Centre d'études africaines de NTU que les startups africaines ont levé environ 1,36 milliard de dollars, soit environ 6 % de moins qu'au premier semestre 2025. À retenir :

  • la fintech a levé environ 556 millions de dollars, soit 41 % du total, portée notamment par Flutterwave, MNT-Halan et ValU ;
  • seules 190 entreprises ont levé au moins 100 000 dollars, le plus bas niveau semestriel depuis le début de son suivi en 2021 ;
  • l'Égypte arrive en tête avec environ 327 millions de dollars, devant le Nigeria (254 millions), le Kenya (126 millions) et l'Afrique du Sud (83 millions) ;
  • le Maroc dépasse 25 millions de dollars, avec au moins dix startups ayant levé 100 000 dollars ou plus.

Launch Base Africa, avec son propre décompte, recense au moins 1,21 milliard de dollars sur 151 opérations, soit une baisse de 17 % en valeur. Le média note que le ticket médian est passé de 4,65 à 2,65 millions de dollars et que la dette atteint 36,7 % des montants divulgués. Les deux sources s'accordent sur l'essentiel : l'argent se concentre sur moins d'opérations, plus grosses, tandis que le fondateur « moyen » lève moins.

Où se situe l'Afrique du Nord ?

L'Égypte figure désormais parmi les premières destinations du continent, grâce notamment à MNT-Halan et ValU (voir notre article sur l'essor de la fintech égyptienne). Le Maroc est plus modeste mais progresse. La Tunisie reste loin derrière : selon les données de l'AVCA relayées par African Manager, elle se classe 7e en Afrique en 2025 par nombre d'opérations, avec 39 millions de dollars levés en 17 opérations, contre 604 millions pour l'Égypte et 114 millions pour le Maroc.

Le premier semestre 2026 a été plus difficile encore. Launch Base Africa n'a trouvé quasiment aucune levée en fonds propres divulguée dans le pays et pointe la loi de 2025 restreignant la sous-traitance, la réglementation des changes et le ralentissement économique. Notre analyse des tendances du financement des startups tunisiennes revient sur ces chiffres.

Ce que cela implique pour les fintechs tunisiennes

Les données continentales suggèrent quelques leçons concrètes :

  • Les investisseurs veulent du chiffre d'affaires, pas seulement des utilisateurs. Avec moins d'opérations et des médianes en baisse, les premiers tours vont aux startups qui démontrent leur rentabilité unitaire.
  • Les modèles de crédit ont besoin de partenaires de dette. Une startup tunisienne de prêt ou de paiement fractionné doit prévoir tôt des lignes de crédit auprès de banques ou d'institutions de financement du développement, et pas seulement des fonds propres.
  • La licence fait partie du pitch. Beaucoup des plus gros tours africains sont allés à des fintechs agréées. En Tunisie, cela suppose de dialoguer tôt avec la Banque centrale sur le cadre des établissements de paiement.
  • L'ambition régionale compte. Les investisseurs panafricains et du Golfe cherchent des marchés plus vastes que la seule Tunisie. Un plan crédible vers le Maroc, l'Afrique de l'Ouest francophone ou l'Europe élargit le cercle des financeurs.

Les fonds locaux adossés au fonds de fonds ANAVA restent la principale source de premiers tickets. Notre guide sur le capital-risque en Tunisie détaille les options locales.

Questions fréquentes

Combien les startups africaines ont-elles levé en 2025 ?

Tout dépend de l'observatoire. Partech compte 4,1 milliards de dollars, dont 1,6 milliard de dette, Africa: The Big Deal 3,2 milliards pour les opérations d'au moins 100 000 dollars, et l'AVCA 2,9 milliards. Les trois sources affichent une hausse par rapport à 2024.

Quelle part du financement des startups africaines va à la fintech ?

Selon Partech, la fintech a levé 769 millions de dollars en fonds propres en 2025, environ un quart du total, une part en baisse. Au premier semestre 2026, Max Cuvellier Giacomelli l'estime à environ 41 % de l'ensemble des financements, dette comprise, grâce à quelques gros tours.

Combien les startups tunisiennes ont-elles levé en 2025 ?

D'après les données de l'AVCA relayées par African Manager, les startups tunisiennes ont levé 39 millions de dollars en 17 opérations en 2025, ce qui place la Tunisie au 7e rang africain par nombre d'opérations. Launch Base Africa n'a trouvé quasiment aucune levée en fonds propres divulguée au premier semestre 2026.

Pourquoi la dette progresse-t-elle autant en Afrique ?

Les fintechs de crédit et les entreprises de financement d'actifs ont besoin de capitaux pour financer prêts et équipements, et la dette coûte moins cher qu'une dilution. Selon Partech, la dette a représenté 41 % du financement tech africain en 2025, contre 17 % en 2019.

Sources

  1. 2025 Partech Africa Tech VC Report: African tech funding rebounds to US$4.1B — Partech
  2. African start-up funding holds steady YoY in H1 2026 — NTU-SBF Centre for African Studies
  3. Seven brutal truths about African tech startup funding in H1 2026 — Launch Base Africa
  4. Tunisia, Africa's 7th largest venture capital destination in 2025 — African Manager
  5. Energy and Fintech Drive African Startup Funding to $3.2 Billion in 2025 — MEA Tech Watch
  6. Near-zero equity deals in H1: what happened to Tunisia's startup ecosystem? — Launch Base Africa

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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