Financement des startups en Tunisie : l'embellie, puis le gel
Après 39 millions de dollars levés en 2025, les startups tunisiennes n'ont annoncé presque aucune levée en capital au premier semestre 2026. Ce que montrent les chiffres.
À retenir
- Les startups tunisiennes ont levé plus de 24 millions de dollars en 11 opérations en 2024 (Startup Genome) et 39 millions en 17 opérations en 2025 (AVCA).
- La Tunisie se classe 7e en Afrique en 2025, loin derrière l'Égypte (604 M$) et le Maroc (114 M$).
- Launch Base Africa n'a recensé presque aucune levée en capital annoncée au 1er semestre 2026 et invoque la loi sur le travail, le change et la conjoncture.
- Les fonds d'amorçage soutenus par ANAVA, comme 216 Capital, sont désormais la principale source de capital local.
Les levées de fonds des startups tunisiennes ont progressé, mais à partir d'un niveau très bas et de façon irrégulière. Les données du secteur font état d'environ 24 millions de dollars levés en 2024 et de 39 millions en 2025. Les opérations en capital annoncées se sont ensuite presque arrêtées au premier semestre 2026. Pour les fondateurs de fintech, ces chiffres montrent à la fois la petite taille du marché et l'origine de l'argent encore disponible.
Le financement des startups en Tunisie en chiffres
Les méthodes varient d'un observatoire à l'autre. Mieux vaut donc lire ces montants comme des ordres de grandeur que comme des totaux exacts.
- 2022 : environ 17 millions de dollars levés, hors InstaDeep, selon des données de Partech citées par TechCrunch.
- 2024 : plus de 24 millions de dollars en 11 opérations, selon le rapport Startup Genome 2025 cité par La Presse. Le même rapport relève une hausse de 56 % du nombre d'investisseurs actifs par rapport à 2023.
- 2025 : 39 millions de dollars en 17 opérations de capital-risque. La Tunisie se classe ainsi 7e en Afrique, en valeur comme en nombre d'opérations, selon les données de l'AVCA reprises par African Manager.
- 1er semestre 2026 : Launch Base Africa n'a recensé presque aucune levée en capital annoncée (voir plus bas).
À titre de comparaison, l'AVCA attribue pour 2025 604 millions de dollars à l'Égypte, 335 millions au Kenya et 114 millions au Maroc. Sur l'ensemble du continent, Partech a compté 4,1 milliards de dollars de financements tech en 2025 : 2,4 milliards en capital et un record de 1,6 milliard en dette. La fintech a capté 769 millions de dollars de ces fonds propres (voir le financement des fintech africaines). La part de la Tunisie reste infime.
2025 : de petits tickets et des co-investisseurs étrangers
La plupart des opérations tunisiennes sont des tours d'amorçage ou de pré-amorçage, souvent sans montant communiqué. Launch Base Africa a recensé six opérations annoncées, pour environ 5,4 millions de dollars, au premier semestre 2025. Parmi les levées rendues publiques dans l'année :
- Kumulus Water (climat) : 3,5 millions de dollars en amorçage, menés par Plus VC.
- EasyBank (fintech) : 370 000 dollars, annoncés en janvier 2025.
- Konnect Networks (paiement) : un tour au montant non communiqué en mai 2025. Parmi les investisseurs figure Attijariwafa Ventures, la branche de capital-risque du groupe bancaire marocain.
- Dabchy (place de marché) : un tour pré-série A mené par Janngo Capital.
- PAYDAY (fintech/assurtech) : un pré-amorçage mené par UGFS North Africa en octobre 2025.
La fintech revient souvent dans cette liste, mais le plus gros tour est allé à une entreprise du climat. Les montants restent modestes : une seule levée de 3,5 millions de dollars représente environ les deux tiers du total annoncé au premier semestre.
Source : AVCA 2025 data, reported by African Manager
Voir les données
| Libellé | Valeur |
|---|---|
| Égypte | 604 M$ |
| Afrique du Sud | 524 M$ |
| Kenya | 335 M$ |
| Ouganda | 302 M$ |
| Nigeria | 287 M$ |
| Maroc | 114 M$ |
| Ghana | 49 M$ |
| Tunisie | 39 M$ |
L'effet ANAVA
L'essentiel du capital local passe aujourd'hui par des fonds soutenus par ANAVA, le fonds de fonds géré par Smart Capital. Son premier closing s'élève à 60 millions d'euros : 40 millions apportés par la Caisse des Dépôts et Consignations (financés par un prêt de la Banque mondiale) et 20 millions par la banque allemande KfW. ANAVA s'est engagé à hauteur d'environ 45 millions d'euros dans dix fonds de capital-risque, dont 216 Capital, le Go Live Fund de Go Big Partners, le Titan Seed Fund de Medin, Flat6Labs et le New Era Fund d'UGFS (détails dans notre décryptage d'ANAVA).
Dans les faits, ce sont ces fonds d'amorçage soutenus par ANAVA qui ont réalisé le plus d'investissements en 2025-2026. 216 Capital a investi à lui seul dans Juridoc.tn, Addvocate.AI, EYST et RoboCare entre mars 2025 et juin 2026, selon Wamda. Plusieurs fonds régionaux soutenus par ANAVA ne doivent investir qu'une partie de leur capital en Tunisie, si bien que l'effet sur le pays est inférieur à ce que suggèrent les montants affichés.
Premier semestre 2026 : un quasi-gel
En juillet 2026, Launch Base Africa a constaté que la Tunisie n'avait connu presque aucune levée en capital annoncée au premier semestre. Le média cite un seul investissement à six chiffres, celui de 216 Capital dans la startup agritech RoboCare. Wamda a aussi rapporté un investissement à six chiffres de 216 Capital dans l'assurtech EYST en mai 2026. Sur la même période, le Maroc a enregistré plus de 30 millions de dollars en huit opérations annoncées.
Launch Base Africa avance plusieurs causes :
- La loi sur le travail de mai 2025, qui a supprimé la plupart des contrats à durée déterminée et interdit la sous-traitance de main-d'œuvre. Les startups qui recouraient à des développeurs ou à du support externalisés ont vu leurs coûts fixes augmenter (voir la réforme du travail et les startups).
- Les restrictions de change. Un amendement de décembre 2025 autorise les résidents à détenir des comptes en devises, mais il dépendait encore de circulaires de la BCT non publiées à la date de l'article.
- L'économie dans son ensemble : l'investissement était tombé à environ 8 % du PIB en 2023, avec une inflation alimentaire élevée et l'émigration des diplômés.
- La pause des bailleurs de développement : Proparco et Bpifrance n'ont fait aucun nouvel investissement en Tunisie au premier semestre 2026.
Beaucoup de petites opérations ne sont jamais rendues publiques : « presque aucune levée annoncée » ne veut donc pas dire qu'aucun argent n'a circulé. Le ralentissement par rapport à 2025 est néanmoins net.
Ce que cela change pour les fondateurs de fintech
- Attendez-vous à des tours d'amorçage. Avec 25 à 40 millions de dollars par an pour tout l'écosystème, rares sont les investisseurs locaux capables de mener une série A. Les fondateurs font souvent entrer des co-investisseurs régionaux ou européens dès les premiers tours.
- La réglementation pèse sur la levée. Les investisseurs examinent de près le risque d'agrément : être admis dans le bac à sable de la BCT ou avoir un chemin clair vers un agrément d'établissement de paiement change le montant qu'une fintech peut lever.
- Les investisseurs corporate et stratégiques comptent. Le tour de Konnect, soutenu par la branche d'investissement d'un groupe bancaire et par l'accélérateur de Visa, montre une voie qui ne dépend pas du seul capital-risque tunisien.
- Les sorties sont rares. InstaDeep (2023) et Expensya (2023) restent les deux références, et ces deux entreprises ont réalisé l'essentiel de leur activité hors de Tunisie.
Ce qu'il faut surveiller en 2026-2027
Les signaux clés : la publication par la BCT des circulaires qui mettront la réforme des changes en application, l'arrivée des engagements restants d'ANAVA dans de nouveaux fonds, et une éventuelle reprise dans les données du second semestre 2026. En attendant, notre guide pratique de la levée de fonds détaille ce que les fondateurs peuvent faire.
Entreprises citées
Questions fréquentes
Combien les startups tunisiennes ont-elles levé en 2025 ?
Selon les données de l'AVCA reprises par African Manager, elles ont levé 39 millions de dollars en 17 opérations de capital-risque en 2025, ce qui place la Tunisie au 7e rang africain. Les méthodes variant d'un observatoire à l'autre, les totaux peuvent différer.
Pourquoi les levées de fonds ont-elles chuté en Tunisie en 2026 ?
Launch Base Africa n'a recensé presque aucune levée en capital annoncée au 1er semestre 2026. Le média cite la loi sur le travail de 2025, les restrictions de change, une économie fragile et la pause des nouveaux investissements de bailleurs comme Proparco et Bpifrance.
Qui investit dans les startups tunisiennes aujourd'hui ?
Surtout des fonds d'amorçage soutenus par le fonds de fonds ANAVA, comme 216 Capital, Go Big Partners, Medin, Flat6Labs et UGFS, ainsi que des investisseurs régionaux comme Janngo Capital et des investisseurs corporate comme Attijariwafa Ventures.
Sources
- Tunisia, Africa's 7th-largest venture capital destination in 2025 — African Manager
- Start-up tunisiennes : plus de 24 millions de dollars levés en 2024 — La Presse
- Near Zero Equity Deals in H1: What Happened to Tunisia's Startup Ecosystem? — Launch Base Africa
- 2025 Partech Africa Tech VC Report — Partech
- Tunisia country news — Wamda
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.