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Insurtech en Tunisie : un marché en croissance, encore peu digital

Les assureurs tunisiens ont émis un record de 4,26 milliards de dinars de primes en 2025, mais la pénétration reste sous 2,5 % du PIB. Sinistres numériques, assurance embarquée et nouvelles règles de distribution pourraient ouvrir la voie à l'insurtech.

Insurtech en Tunisie : un marché en croissance, encore peu digital

À retenir

  • Les assureurs tunisiens ont émis 4 255,1 millions de dinars de primes en 2025 (+11,4 %), l'automobile et la vie étant les deux premières branches.
  • Le taux de pénétration plafonne autour de 2,4 % du PIB depuis plusieurs années selon le CGA, ce qui laisse de la place à de nouveaux produits et canaux.
  • La digitalisation est portée par les assureurs et leur fédération, avec l'application E-Constat de la FTUSA lancée en novembre 2025.
  • Les startups indépendantes restent rares ; EYST, qui a levé un tour d'amorçage auprès de 216 Capital en 2026, en est un exemple visible.
TND 4,26bn
primes d'assurance émises en 2025 (+11,4 %)
Regulator data via La Presse, 2026
2,39 %
taux de pénétration de l'assurance (primes / PIB), 2024
CGA via La Presse, 2025
+19,4 %
croissance des primes vie, S1 2026
CGA via Managers, 2026

L'insurtech en Tunisie n'en est qu'à ses débuts, mais le marché qu'elle vise progresse vite. Les assureurs tunisiens ont émis un record de 4 255,1 millions de dinars de primes en 2025, et l'assurance vie croît à un rythme proche de 20 % par an. Pourtant, l'assurance pèse toujours moins de 2,5 % du PIB, et la plupart des contrats sont vendus et gérés de façon traditionnelle.

Le marché tunisien de l'assurance en chiffres

Selon les données de l'autorité de contrôle reprises par La Presse en mars 2026, les primes ont atteint 4 255,1 millions de dinars en 2025, en hausse de 11,4 % par rapport aux 3 819,6 millions de 2024. La répartition montre un marché encore dominé par les assurances obligatoires et collectives :

  • automobile : 1 628,3 millions de dinars, soit 38,3 % du marché, toujours la première branche ;
  • vie : 1 336,1 millions (+16,4 %), soit 31,4 % du marché ;
  • maladie groupe : 647 millions (+11,4 %) ;
  • incendie : 241,2 millions (+19,2 %) ;
  • transport : 112,8 millions.

La dynamique se poursuit en 2026. Selon le Comité général des assurances (CGA), autorité de contrôle du secteur, le chiffre d'affaires a atteint 2 529,2 millions de dinars au premier semestre, en hausse de 13 %. Les primes vie ont progressé de 19,4 % et celles de l'assurance maladie de 16,9 %. Managers relève que cette accélération de la vie et de la santé ouvre un espace pour l'insurtech et les modèles de distribution digitale.

Le point faible reste la profondeur du marché. Le CGA évalue le taux de pénétration, c'est-à-dire les primes rapportées au PIB, à environ 2,39 % en 2024, contre 2,5 % en 2021, un niveau inférieur à celui du Maroc voisin. Le pays compte 23 compagnies d'assurance.

Pourquoi l'insurtech a sa place

Une pénétration faible et une croissance régulière : c'est le terrain classique de l'insurtech. Les manques sont visibles :

  • la distribution : l'essentiel des contrats passe par les agents, les courtiers et les agences bancaires ; la souscription en ligne existe mais reste marginale ;
  • les sinistres : les procédures papier sont lentes et sources de litiges et de fraude ; la FTUSA, fédération des assureurs, a annoncé la création d'une agence de lutte contre la fraude ;
  • les produits : micro-assurance, couverture des appareils ou produits à l'usage pour les personnes hors emploi formel restent rares.

Pour les startups, l'enjeu est moins de remplacer les assureurs que de leur fournir les outils, les canaux et les données qui leur manquent.

Primes d'assurance par branche en Tunisie, 2025 (millions de dinars)

Source : Insurance regulator data, reported by La Presse (March 2026)

Voir les données
LibelléValeur
Automobile1 628,3 M TND
Vie1 336,1 M TND
Maladie groupe647 M TND
Incendie241,2 M TND
Transport112,8 M TND

Les acteurs historiques mènent la transformation

Jusqu'ici, l'essentiel de l'innovation numérique vient des assureurs établis et des instances professionnelles.

E-Constat pour les sinistres auto

Le 1er novembre 2025, la FTUSA a lancé E-Constat, présentée comme la première application mobile de constat amiable numérique en Tunisie. Le conducteur remplit le constat sur son téléphone, prend des photos, géolocalise l'accident, dessine un croquis et transmet le tout par voie électronique à son assureur. Selon la FTUSA, ce constat est reconnu par toutes les compagnies membres. L'automobile représentant plus du tiers des primes, et environ 340 000 accidents ayant été déclarés en 2025 selon les mêmes chiffres de mars 2026, accélérer la gestion des sinistres est un enjeu de taille.

Assurance Auto 2.0

En octobre 2025, la présidente du CGA, Jouda Khemiri, a annoncé le projet « Assurance Auto 2.0 », piloté par la présidence du gouvernement avec plusieurs ministères et la FTUSA. Il vise à remplacer les documents papier de l'assurance automobile par une carte unique à QR code accessible sur smartphone, en centralisant les données des véhicules pour limiter la fraude. Son lancement était alors annoncé comme imminent ; nous n'avons pas pu confirmer sa mise en service depuis.

Les plateformes des assureurs

Certains assureurs ont pris de l'avance. BH Assurance a lancé en 2020 WININTI, présentée comme la première plateforme d'assurance digitale du pays. À la mi-2022, elle proposait la souscription en ligne de l'assurance auto, multirisque habitation et voyage, la déclaration de sinistres et le suivi des frais de santé, et revendiquait plus de 15 000 utilisateurs. BH Assurance s'est aussi associée en 2022 à la startup Garanty pour lancer des produits affinitaires couvrant smartphones et lunettes.

Les startups

Les startups insurtech indépendantes restent rares en Tunisie. Exemple récent : EYST, fondée en 2022, qui remet aux assurés une carte bancaire virtuelle chargée du montant de leur remboursement, pour leur éviter d'avancer les frais médicaux ou de réparation. En mai 2026, elle a annoncé un tour d'amorçage à six chiffres auprès de 216 Capital, destiné au développement produit et à l'expansion internationale.

Ce modèle montre où l'insurtech tunisienne peut créer de la valeur : à la jonction de l'assurance et du paiement. Les remboursements instantanés reposent sur les infrastructures décrites dans nos articles sur le paiement mobile et la banque digitale en Tunisie.

L'appétit des investisseurs existe à l'échelle du continent. Citant un rapport d'IMARC Group, Managers indiquait en avril 2026 que 54 % des PDG de l'assurance en Afrique se disaient prêts à investir directement dans des startups insurtech. Pour les fondateurs tunisiens, les investisseurs locaux sont présentés dans notre panorama du capital-risque en Tunisie.

Réglementation : ce qui pourrait changer

En Tunisie, l'assurance relève du CGA, et non de la Banque centrale. Plusieurs réformes pourraient transformer la distribution :

  • l'assurance à distance : en octobre 2025, le CGA indiquait qu'un cadre juridique des services d'assurance à distance était soumis au Parlement ; il permettrait aux opérateurs téléphoniques d'agir comme intermédiaires, un canal possible pour la micro-assurance. Son adoption n'est pas confirmée ;
  • la réforme du Code des assurances : la stratégie 2026-2030 présentée en juillet 2026 prévoit de réviser le code, de renforcer l'assurance vie et la retraite complémentaire et d'élargir la liste des intermédiaires autorisés ;
  • la digitalisation du régulateur : le CGA numérise agréments, documents et échanges avec les assureurs.

Toute insurtech qui traite des données de santé ou de sinistres doit aussi respecter les règles tunisiennes de protection des données personnelles.

Ce que les fondateurs doivent surveiller

La feuille de route d'une insurtech tunisienne ressemble aujourd'hui à ceci :

  • s'associer plutôt que concurrencer : porter le risque exige un agrément et des fonds propres ; la plupart des startups seront fournisseurs de technologie ou distributeurs pour des assureurs agréés ;
  • commencer par les sinistres et les remboursements : E-Constat montre que le secteur veut des sinistres plus rapides et moins litigieux ;
  • suivre la croissance : la vie et la santé sont les branches qui progressent le plus et les moins pénétrées ;
  • surveiller la réforme de la distribution : si les opérateurs télécoms et de nouveaux intermédiaires peuvent vendre de l'assurance, les produits embarqués et mobiles deviendront bien plus faciles à déployer.

Entreprises citées

Questions fréquentes

Qui contrôle le secteur des assurances en Tunisie ?

Le Comité général des assurances (CGA), autorité de contrôle du secteur, supervise assureurs et intermédiaires. L'assurance ne relève pas de la Banque centrale de Tunisie. La FTUSA, fédération des assureurs, pilote des projets communs comme l'application E-Constat.

Quelle est la taille du marché de l'assurance en Tunisie ?

Les primes ont atteint 4 255,1 millions de dinars en 2025, en hausse de 11,4 %, selon les données de l'autorité de contrôle reprises par La Presse. L'automobile est la première branche, devant la vie. Le taux de pénétration était d'environ 2,39 % du PIB en 2024.

Peut-on faire un constat amiable en ligne en Tunisie ?

Oui. Depuis le 1er novembre 2025, l'application E-Constat de la FTUSA, disponible sur Android et iOS, permet de remplir le constat sur son téléphone, avec photos et géolocalisation, puis de l'envoyer à son assureur. Selon la FTUSA, il est reconnu par toutes les compagnies membres.

Existe-t-il des startups insurtech en Tunisie ?

Quelques-unes. EYST, fondée en 2022, verse les remboursements via des cartes bancaires virtuelles et a levé un tour d'amorçage auprès de 216 Capital en 2026. Garanty s'est associée à BH Assurance sur la couverture des appareils et des lunettes. L'essentiel de l'innovation vient toutefois des assureurs eux-mêmes.

Sources

  1. Secteur des assurances : un chiffre d'affaires record en 2025 — La Presse via AllAfrica
  2. Tunisie : l'assurance vie s'impose dans un marché en pleine accélération — Managers
  3. Le secteur des assurances en Tunisie : entre croissance et défis — La Presse
  4. Accidents de la route : lancement d'une nouvelle application pour simplifier les procédures de l'assurance — La Presse via AllAfrica
  5. Vers une carte d'assurance automobile unique et numérique — La Presse via AllAfrica
  6. Tunisie : l'insurtech EYST lève des fonds pour rembourser les assurés — We Are Tech Africa

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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