Fintech islamique en Tunisie : Zitouna, Al Baraka et Wifak
Les banques islamiques pèsent moins de 10 % du secteur, mais leurs wallets, réseaux d'agents et plateformes de microfinance dessinent la fintech islamique tunisienne.
À retenir
- Fin 2023, les trois banques islamiques détenaient 8,0 % des dépôts, 7,4 % des crédits et 6,9 % des actifs du secteur.
- La loi 2016-48 a créé le premier cadre dédié à la banque islamique et autorise les fenêtres islamiques dans les banques conventionnelles.
- L'essentiel de la fintech islamique vient des filiales et partenaires des banques, comme l'application izi de Zitouna Payment ou la plateforme de crédit de Zitouna Tamkeen.
- Les startups indépendantes sont rares et relèvent des règles bancaires et de paiement de droit commun.
La fintech islamique en Tunisie repose sur une base modeste mais en progression régulière. Les trois banques islamiques du pays (Banque Zitouna, Al Baraka Bank et Wifak Bank) détenaient environ 8 % des dépôts du secteur fin 2023, et c'est autour de leurs offres numériques, du wallet mobile au logiciel de microfinance, que se concentre l'essentiel de l'activité.
Le socle bancaire islamique
La finance islamique dispose d'un cadre juridique complet depuis la loi n° 2016-48 relative aux banques et aux établissements financiers. Selon Oxford Business Group, ce fut le premier cadre réglementaire dédié aux services conformes à la charia, et la version finale a permis aux banques conventionnelles de proposer des produits islamiques via des « fenêtres islamiques ».
Trois banques dominent le segment. L'analyse d'Ilboursa sur les comptes 2023 donne leurs parts de marché cumulées :
- Dépôts : 8,0 % du secteur (+0,2 point)
- Crédits : 7,4 % (+0,6 point)
- Total bilan : 6,9 % (+0,2 point)
Leur encours de financements atteignait 7 943 millions de dinars en 2023, dont 71,5 % en mourabaha (vente avec marge) et 15,5 % en ijara (location). Le PNB cumulé s'élevait à 564 millions de dinars et le résultat net à 140 millions.
Les trois établissements sont de tailles très différentes. Selon African Manager, le total bilan fin 2025 était d'environ 8 150 millions de dinars pour Zitouna, 2 657 millions pour Al Baraka Tunisie et 2 046 millions pour Wifak. Wifak, la plus petite, est aussi la plus dynamique : Challenges fait état d'une croissance annuelle moyenne de l'actif d'environ 20 % sur cinq ans, et Fitch a relevé sa note nationale à long terme à BBB-(tun) en mars 2026.
La fintech islamique en Tunisie : qui construit quoi
L'essentiel de l'activité vient des filiales et partenaires des banques plutôt que de startups indépendantes.
Zitouna Payment et l'application izi
Banque Zitouna a créé Zitouna Payment, établissement de paiement agréé par la BCT en novembre 2021. L'application de paiement mobile izi a été lancée en mars 2022 : ouverture de compte, dépôts et retraits d'espèces, transferts entre particuliers, paiement de factures et recharges téléphoniques. Les personnes sans smartphone peuvent passer par un réseau d'agents mandatés. Au lancement, Banque Zitouna détenait 51 % du capital, aux côtés de Zitouna Takaful et Zitouna Finance, et la société annonçait 500 agents. Voir notre dossier sur les établissements de paiement en Tunisie.
Le wallet d'Al Baraka
En août 2022, Al Baraka Bank a annoncé un service de portefeuille mobile en Tunisie avec Tunisian Digital Finance for People (TDFP), filiale de VYZYO. Le service visait les paiements administratifs et marchands, les transferts et des versements comme les pensions ou la micro-assurance, y compris sur téléphones basiques via SMS, USSD et serveur vocal.
La microfinance islamique se numérise
Zitouna Tamkeen, institution de microfinance islamique fondée avec la Banque islamique de développement, Banque Zitouna, Zitouna Takaful et d'autres partenaires, a démarré son activité en décembre 2016. En juin 2025, elle a mis en production la plateforme de gestion du crédit ICM, de l'éditeur tunisien Talys Solutions : enrôlement, demandes de financement en ligne, scoring, contrôles anti-blanchiment, décaissement et recouvrement, avec un moteur de règles adapté aux produits islamiques et un reporting aligné sur l'Autorité de contrôle de la microfinance (ACM). Plus de détails dans notre article sur la microfinance en Tunisie.
Les startups
Les startups indépendantes restent rares. PAYDAY Takaful dit proposer des avances sur salaire sans intérêt, adossées à la paie et couplées à une micro-assurance takaful. Dans un communiqué d'octobre 2025, la société a annoncé un tour de pré-amorçage d'un montant non divulgué, mené par United Gulf Financial Services – North Africa, avec TALYS Group et BioProtection parmi les investisseurs. Les volumes qu'elle avance n'ont pas été vérifiés de façon indépendante.
Source : Ilboursa, December 2024
Voir les données
| Libellé | Valeur |
|---|---|
| Dépôts | 8 % |
| Crédits | 7,4 % |
| Total bilan | 6,9 % |
Pourquoi le numérique compte davantage pour les banques islamiques
Les banques islamiques tunisiennes font face à des contraintes propres que la technologie peut atténuer :
- Complexité des produits. Mourabaha et ijara supposent l'achat puis la revente ou la location d'un bien, d'où davantage de documents et d'étapes qu'un crédit classique. Le traitement numérique réduit coûts et erreurs.
- Taille. Avec une part de marché à un chiffre, elles ne peuvent rivaliser avec les réseaux d'agences des grandes banques conventionnelles. Agents et applications étendent leur portée à moindre coût.
- Efficacité. Challenges relève que le coefficient d'exploitation de Wifak (71,2 % en 2025) traduit une mise à niveau technologique intensive, et cite la digitalisation des parcours et l'industrialisation du scoring parmi les priorités.
- Inclusion. Certains Tunisiens évitent les produits à intérêt pour des raisons religieuses. Des services numériques conformes à la charia peuvent les amener vers la finance formelle. Voir notre point sur l'inclusion financière en Tunisie.
Opportunités et limites pour les fondateurs
Le segment islamique offre quelques ouvertures concrètes :
- Le logiciel B2B pour banques islamiques, institutions de microfinance et assureurs takaful, comme le montre l'exemple de Talys.
- Le crédit à la consommation conforme à la charia, comme l'accès anticipé au salaire ou la vente à tempérament, à condition d'une validation par un comité charia et d'une conformité à la réglementation tunisienne.
- La distribution par agents dans les régions où les banques islamiques sont peu présentes.
Les limites sont réelles : le marché est étroit, la réglementation ne connaît pas de catégorie « fintech islamique » et tout produit touchant aux dépôts ou au crédit relève des règles bancaires et de paiement de la BCT. Mieux vaut s'entourer dès le départ d'un conseiller charia et d'un conseiller réglementaire.
Entreprises citées
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de banques islamiques en Tunisie ?
Trois banques entièrement islamiques opèrent en Tunisie : Banque Zitouna, Al Baraka Bank Tunisie et Wifak Bank. Depuis la loi 2016-48, les banques conventionnelles peuvent aussi proposer des produits islamiques via des fenêtres dédiées.
Qu'est-ce que Zitouna Payment ?
Zitouna Payment est un établissement de paiement détenu majoritairement par Banque Zitouna et agréé par la BCT en novembre 2021. Son application izi, lancée en mars 2022, permet transferts, paiement de factures, recharges et opérations en espèces, notamment via des agents.
Existe-t-il un agrément spécifique pour la fintech islamique ?
Non. Les fintechs islamiques relèvent des mêmes règles que les autres services financiers : agrément bancaire pour les dépôts et le crédit, agrément d'établissement de paiement ou cadre de la microfinance. Les produits doivent en outre être validés par un comité charia.
Sources
- Les trois banques islamiques en Tunisie consolident leur part de marché — Ilboursa
- Trois banques islamiques, trois échelles — African Manager
- Wifak Bank : l'ascension d'un perturbateur dans la finance islamique tunisienne — Challenges
- Zitouna Payment dévoile l'application de paiement mobile izi — L'Economiste Maghrébin
- Zitouna Tamkeen lance un nouveau système d'information (plateforme ICM de Talys) — L'Economiste Maghrébin
- By the book: A new banking law provides clearer guidelines — Oxford Business Group
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.