Inclusion financière en Tunisie : ce que disent les chiffres
Le taux de bancarisation tunisien stagne depuis 2017. Les dernières données Findex montrent qui reste à l'écart, et pourquoi le cash domine toujours.
À retenir
- Seuls 37,8 % des adultes tunisiens avaient un compte en 2024, contre 36,9 % en 2017, selon le Global Findex de la Banque mondiale.
- La Tunisie est derrière le Maroc (44,4 %) et l'Égypte (43,1 %), et très loin de la moyenne mondiale de 78,7 %.
- Les femmes (26,6 %), les 15-24 ans (11,7 %) et les 40 % de ménages les plus pauvres (21,7 %) sont les plus exclus.
- Le paiement numérique progresse vite à partir d'une base étroite, mais le cash domine encore les transactions du quotidien.
L'inclusion financière en Tunisie n'a presque pas progressé en dix ans. Selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale, seuls 37,8 % des adultes tunisiens détenaient un compte en 2024, un taux quasi inchangé depuis 2017 et nettement inférieur à ceux du Maroc, de l'Égypte et de la moyenne mondiale. Derrière ce chiffre se cachent de forts écarts selon le genre, l'âge et le revenu, et une économie qui fonctionne encore largement en espèces.
Ce que disent les données Findex sur l'inclusion financière en Tunisie
L'enquête Global Findex est la référence internationale pour mesurer qui possède un compte dans une banque, une autre institution financière ou auprès d'un fournisseur de mobile money. Les résultats de la Tunisie sur quatre éditions :
- 2014 : 27,4 % des adultes avaient un compte
- 2017 : 36,9 %
- 2021 : 36,9 %
- 2024 : 37,8 %
Le bond de 2014 à 2017 a été suivi de sept années de quasi-stagnation. Sur la même période, l'Égypte est passée de 14,1 % (2014) à 43,1 % (2024), et le Maroc atteignait 44,4 % en 2024. Seule l'Algérie, à 35,3 %, fait moins bien que la Tunisie au Maghreb. À l'échelle mondiale, 78,7 % des adultes ont désormais un compte, et la moyenne des pays à revenu faible et intermédiaire est de 75,4 %.
Qui reste à l'écart
Les moyennes masquent des différences marquées. Dans les données Findex 2024 pour la Tunisie :
- Les femmes : 26,6 % ont un compte, contre 49,6 % des hommes. L'écart s'est creusé, d'environ 16 points en 2021 à 23 points en 2024. Nous y revenons dans notre article sur les femmes et l'accès au financement.
- Les jeunes : seuls 11,7 % des 15-24 ans ont un compte, contre 24,3 % en 2021. Chez les 25 ans et plus, le taux est de 45,5 %.
- Les ménages modestes : 21,7 % des adultes appartenant aux 40 % de ménages les plus pauvres ont un compte, contre 32,0 % en 2021.
Ces reculs chez les jeunes et les plus modestes sont importants. Le Findex repose sur un échantillon, et les variations d'une édition à l'autre pour les sous-groupes doivent être lues avec prudence. Mais la tendance est nette : les progrès récents n'ont pas atteint ceux qui en ont le plus besoin.
Source : World Bank, Global Findex 2025 (indicator FX.OWN.TOTL.ZS)
Voir les données
| Libellé | Valeur |
|---|---|
| Algérie | 35,3 % |
| Tunisie | 37,8 % |
| Égypte | 43,1 % |
| Maroc | 44,4 % |
| Pays à revenu faible et intermédiaire | 75,4 % |
| Monde | 78,7 % |
Le rôle de La Poste et de la microfinance
L'inclusion ne passe pas seulement par les banques. La Poste tunisienne revendiquait 4,713 millions d'épargnants fin septembre 2026, soit environ un quart de l'épargne nationale selon elle. Sa carte e-Dinar et son application D17 sont souvent le premier produit financier des étudiants et des ménages modestes (voir l'e-Dinar et D17 de La Poste).
La microfinance est l'autre grand canal. Selon l'Autorité de contrôle de la microfinance (ACM), plus de 800 000 personnes avaient un microcrédit en 2024. Mais le crédit coûte cher : le taux effectif global moyen atteignait 25,7 % fin 2024. Notre dossier sur la microfinance détaille le secteur.
Le cash domine toujours le quotidien
Détenir un compte ne suffit pas ; encore faut-il s'en servir. Et sur ce plan, les espèces restent reines. Une étude de 2026 de l'Observatoire de l'inclusion financière (OIF) et du PNUD, menée dans sept gouvernorats de l'intérieur et du Sud, montre que 98 % des femmes interrogées préfèrent le cash et que 55 % des femmes actives sont encore payées en espèces. Chez les jeunes interrogés, 99 % utilisent le cash et seuls 8 % possèdent un portefeuille électronique. L'étude précise que ses échantillons ne sont pas représentatifs à l'échelle nationale.
Les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT) confirment cette tendance. Au premier semestre 2025, 62 % des opérations par carte bancaire étaient des retraits, et non des paiements. Les billets et pièces en circulation ont par ailleurs continué d'augmenter en 2025 et 2026. Nous analysons ce phénomène dans notre article sur l'économie du cash en Tunisie.
Le paiement numérique progresse, mais part de loin
Les signes de progrès existent. Selon le bulletin des paiements de la BCT pour le premier trimestre 2026 :
- les paiements en ligne ont atteint 5,2 millions de transactions, en hausse de 28,4 % sur un an ;
- les portefeuilles de paiement mobile comptaient 477 000 utilisateurs actifs, soit + 22,2 % ;
- 17 prestataires de services de paiement étaient agréés (+ 34,5 % sur un an).
Mais 477 000 portefeuilles actifs, c'est encore peu au regard des millions d'adultes tunisiens sans compte. Le même bulletin montre que les retraits d'espèces depuis les portefeuilles progressent plus vite que les paiements : beaucoup d'utilisateurs reconvertissent leur argent numérique en cash. Voir notre panorama du paiement mobile en Tunisie.
Coût et confiance, deux freins majeurs
L'étude OIF/PNUD relève plusieurs obstacles au-delà de la géographie :
- Le coût. Une circulaire de la BCT de 2024 a plafonné temporairement les frais de tenue de compte à 36 dinars par an (contre 68 dinars) pour les clients gagnant moins de 1 500 dinars par mois, et rendu la carte bancaire gratuite pendant un an.
- Le prix du crédit. Les microcrédits affichaient un taux moyen de 31 % dans les données de l'étude, contre 9,5 % pour les prêts bancaires.
- La confiance. 46 % des jeunes interrogés ne font pas confiance aux services numériques pour gérer leur argent, et 22 % des femmes se méfient des institutions de microfinance.
- La distance. Seules 32 % des femmes rurales interrogées peuvent rejoindre une institution financière en moins de 15 minutes, contre 54 % des citadines.
Ce que cela signifie pour les fondateurs de fintech
Pour les fintechs tunisiennes, les chiffres du Findex décrivent à la fois le problème et l'opportunité. Plus de six adultes sur dix n'ont pas de compte, et ce sont surtout des femmes, des jeunes et des ménages modestes. Les produits qui réussiront seront sans doute gratuits ou très bon marché, compatibles avec le cash à la marge (agents, points de dépôt et de retrait) et capables de gagner la confiance par la simplicité et la transparence des prix.
Le cadre réglementaire compte aussi. Les agréments d'établissement de paiement et le bac à sable de la BCT ont ouvert la porte aux acteurs non bancaires (voir les établissements de paiement en Tunisie). Leur capacité à faire bouger les lignes se lira dans la prochaine édition du Findex.
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Questions fréquentes
Quel pourcentage de Tunisiens possède un compte bancaire ?
Selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale, 37,8 % des adultes tunisiens (15 ans et plus) détenaient en 2024 un compte dans une institution financière ou auprès d'un fournisseur de mobile money. Ce chiffre inclut les comptes postaux et n'a presque pas bougé depuis 2017.
La Tunisie est-elle en retard sur le Maroc et l'Égypte ?
Oui. Dans les données Findex 2024, le Maroc est à 44,4 % et l'Égypte à 43,1 %, contre 37,8 % pour la Tunisie. L'Égypte a notamment progressé très vite depuis 14,1 % en 2014. L'Algérie (35,3 %) est légèrement en dessous.
Qui est le plus exclu des services financiers en Tunisie ?
Les femmes, les jeunes et les ménages modestes. En 2024, 26,6 % des femmes avaient un compte contre 49,6 % des hommes, seuls 11,7 % des 15-24 ans en possédaient un, et 21,7 % des adultes des 40 % de ménages les plus pauvres.
Le paiement mobile progresse-t-il en Tunisie ?
Oui, mais à partir d'une base réduite. Les données de la BCT pour le premier trimestre 2026 font état de 477 000 portefeuilles mobiles actifs, en hausse de 22,2 % sur un an, et de 17 prestataires de services de paiement agréés.
Sources
- The Global Findex Database 2025 — World Bank
- Account ownership (% of population ages 15+), Tunisia — API data — World Bank
- Femmes et jeunes tunisiens face aux services financiers : le cash reste roi — L'Economiste Maghrébin
- Paiements numériques en Tunisie : la bascule s'accélère au premier trimestre 2026 — L'Economiste Maghrébin
- Le coût du microcrédit s'envole : le TEG atteint 25,7 % fin 2024 — L'Economiste Maghrébin
- La Poste tunisienne comptait 4,7 millions d'épargnants à fin septembre — L'Economiste Maghrébin
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.