Inclusion financière

Inclusion financière des femmes en Tunisie : l'écart se creuse

L'écart entre femmes et hommes dans la détention d'un compte a atteint 23 points en 2024. Salaires en espèces, faibles revenus et éloignement tiennent les femmes à l'écart.

Inclusion financière des femmes en Tunisie : l'écart se creuse

À retenir

  • 26,6 % des Tunisiennes avaient un compte en 2024, contre 49,6 % des hommes, selon le Global Findex 2025.
  • L'écart est passé de 16,4 points en 2021 à 23 points en 2024, et la Tunisie est derrière l'Égypte et le Maroc.
  • Une étude OIF/PNUD de 2026 dans sept gouvernorats montre que 55 % des femmes actives interrogées sont payées en espèces.
  • La microfinance touche mieux les femmes que les banques, mais à un TEG moyen de 25,7 %.
26,6 %
des Tunisiennes avaient un compte en 2024 (hommes : 49,6 %)
World Bank Global Findex, 2025
55 %
des femmes actives interrogées dans 7 gouvernorats payées en espèces
OIF / UNDP study, 2026
46 %
des financements de Taysir Microfinance destinés aux femmes
Taysir bond prospectus summary, 2024

L'inclusion financière des femmes en Tunisie recule. Selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale, seules 26,6 % des Tunisiennes détenaient un compte en 2024, contre 49,6 % des hommes, soit un écart de 23 points qui s'est creusé depuis 2021. Une étude de terrain menée en 2026 dans l'intérieur et le Sud du pays en éclaire les raisons : revenus faibles, salaires en espèces, éloignement et méfiance.

Inclusion financière des femmes en Tunisie : les chiffres du Findex

Le Findex mesure la détention d'un compte dans une banque, une autre institution financière (dont La Poste) ou auprès d'un fournisseur de mobile money. Pour les adultes tunisiens :

Année Femmes Hommes Écart
2014 20,7 % 34,2 % 13,5 pts
2017 28,4 % 45,7 % 17,4 pts
2021 28,7 % 45,1 % 16,4 pts
2024 26,6 % 49,6 % 23,0 pts

Entre 2021 et 2024, le taux des hommes a gagné environ quatre points tandis que celui des femmes en perdait deux. Les estimations par sous-groupe comportent une marge d'erreur, mais l'écart est suffisamment net pour constituer un signal d'alerte.

La Tunisie face à ses voisins

La Tunisie est souvent citée comme pionnière régionale des droits des femmes. En matière d'accès aux services financiers, elle est aujourd'hui derrière la plupart de ses voisins. Dans les données Findex 2024, la part des femmes disposant d'un compte était de :

  • 40,2 % en Égypte ;
  • 34,7 % au Maroc ;
  • 26,6 % en Tunisie ;
  • 18,1 % en Algérie.

La moyenne mondiale pour les femmes est de 76,6 %. Le cas égyptien est frappant : le taux global y a triplé en dix ans, et l'écart entre femmes et hommes y est désormais inférieur à six points.

Femmes détenant un compte, 2024 (% des femmes de 15 ans et plus)

Source : World Bank, Global Findex 2025 (indicator FX.OWN.TOTL.FE.ZS)

Voir les données
LibelléValeur
Algérie18,1 %
Tunisie26,6 %
Maroc34,7 %
Égypte40,2 %
Monde76,6 %

Ce que révèle une étude de terrain de 2026

En septembre 2026, l'Observatoire de l'inclusion financière (OIF) et le PNUD ont publié une étude sur les femmes et les jeunes dans sept gouvernorats : Kairouan, Gabès, Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili. Elle porte sur 1 457 femmes, âgées pour la plupart de 25 à 49 ans, dont un tiers de diplômées du supérieur. Les auteurs soulignent que l'échantillon n'est pas représentatif et surreprésente les diplômées : la situation réelle des femmes de ces régions pourrait donc être plus difficile encore.

Principaux résultats pour les femmes :

  • Comptes : 41 % ont un compte formel. Les comptes postaux (27 %) sont plus répandus que les comptes bancaires (18 %). Seules 0,3 % ont un compte auprès d'un établissement de paiement.
  • Salaires en espèces : 55 % des femmes actives sont payées en liquide, ce que l'étude relie à l'absence d'obligation légale de verser les salaires sur un compte. 98 % disent préférer le cash.
  • Revenus : 58 % des femmes actives gagnent moins de 500 dinars par mois.
  • Crédit : 33 % ont déjà emprunté auprès d'une banque ou d'une institution de microfinance.
  • Assurance : 16 % ont une assurance privée, hors CNAM, et 45 % jugent les produits d'assurance trop compliqués.
  • Distance : 32 % des femmes rurales peuvent rejoindre une institution financière en moins de 15 minutes, contre 54 % des citadines.

Le manque de ressources est le premier frein cité (51 %), et 22 % des femmes se méfient des institutions de microfinance. Côté offre, les produits conçus spécifiquement pour les femmes restent rares.

La microfinance, canal qui atteint les femmes

La microfinance est l'un des rares canaux où les femmes sont bien représentées. Dans l'étude OIF/PNUD, 6 % des femmes sont clientes d'une IMF, contre 4,5 % des hommes. Taysir Microfinance indiquait dans le résumé de son prospectus obligataire de 2024 que 46 % de ses financements allaient aux femmes. Enda Tamweel, premier acteur du secteur, compte les femmes entrepreneures parmi ses publics prioritaires, et le financement bancaire de 160 millions de dinars monté en juin 2026 visait explicitement, entre autres, les femmes cheffes d'entreprise.

La contrepartie, c'est le prix. Le TEG moyen des microcrédits atteignait 25,7 % fin 2024 selon l'autorité de contrôle, bien au-delà des taux bancaires. Plus de détails dans notre dossier sur la microfinance.

Les programmes publics

L'État pilote un programme national pour l'entrepreneuriat féminin et l'investissement sensible au genre. Sa ligne de financement, baptisée Raidet, soutient des projets portés par des femmes ; en juin 2025, une délégation burundaise conduite par Imelde Sabushimike a visité l'un d'eux, un petit atelier de La Soukra qui emploie quatre personnes et vise l'export. Les données publiques sur les volumes et les conditions de Raidet restent limitées, ce qui rend sa portée difficile à évaluer.

Les leviers qui feraient la différence

Les données suggèrent quelques leviers concrets :

  • La domiciliation des salaires. Si 55 % des femmes actives de l'étude sont payées en espèces, la digitalisation de la paie, imposée ou encouragée, ferait entrer d'un coup beaucoup de femmes dans le système.
  • Des comptes à bas coût. Une circulaire de la BCT de 2024 a plafonné les frais de tenue de compte à 36 dinars par an pour les clients gagnant moins de 1 500 dinars par mois. Pérenniser et faire connaître ces offres compte pour les femmes aux revenus modestes.
  • Agents et portefeuilles mobiles. Les femmes rurales étant loin des agences, les points de dépôt et de retrait et des portefeuilles simples peuvent réduire la distance. Voir le paiement mobile en Tunisie.
  • Des produits pensés pour les femmes. Épargne, assurance et crédit adaptés aux revenus irréguliers et aux activités à domicile sont quasi absents aujourd'hui.

Ce que cela signifie pour les fondateurs de fintech

Les femmes forment le premier groupe de non-bancarisés en Tunisie, et la tendance ne s'améliore pas d'elle-même. Pour les fintechs, c'est un marché vaste et mal servi, où la confiance, la simplicité et le coût compteront plus que les fonctionnalités. Les fondateurs qui travaillent sur les portefeuilles, la micro-épargne, le crédit numérique ou l'assurance intégrée devraient lire l'écart du Findex comme un cahier des charges. Pour le contexte général, voir notre panorama de l'inclusion financière en Tunisie et notre analyse de l'économie du cash.

Entreprises citées

Questions fréquentes

Combien de Tunisiennes ont un compte bancaire ?

Selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale, 26,6 % des Tunisiennes de 15 ans et plus détenaient un compte en 2024, comptes postaux et mobile money compris. Le taux des hommes était de 49,6 %.

L'écart entre femmes et hommes s'aggrave-t-il ?

Oui. L'écart de détention d'un compte est passé de 16,4 points en 2021 à 23 points en 2024 : le taux des hommes a progressé tandis que celui des femmes a légèrement reculé.

Pourquoi les Tunisiennes sont-elles exclues des services financiers ?

Une étude de 2026 de l'Observatoire de l'inclusion financière et du PNUD pointe la faiblesse des revenus, les salaires versés en espèces, l'éloignement des agences en zone rurale, la complexité des produits et la méfiance. Elle porte sur sept gouvernorats de l'intérieur et du Sud et n'est pas représentative à l'échelle nationale.

Sources

  1. The Global Findex Database 2025 — World Bank
  2. Account ownership, female (% of population ages 15+), Tunisia — API data — World Bank
  3. Femmes et jeunes tunisiens face aux services financiers : le cash reste roi — L'Economiste Maghrébin
  4. Taysir Microfinance en quête de 40 MTND sur le marché obligataire — L'Economiste Maghrébin
  5. Coopération Tunisie-Burundi : Imelde Sabushimike visite le projet « Raidet » à La Soukra — L'Economiste Maghrébin

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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