Microfinance en Tunisie : Enda Tamweel, Taysir et l'ACM
Plus de 800 000 Tunisiens empruntent auprès des institutions de microfinance. Cadre légal, principaux acteurs, coût du crédit et nouvelle règle sur les taux excessifs.
À retenir
- La microfinance tunisienne est régie par le décret-loi 2011-117 et supervisée par l'ACM, une autorité indépendante.
- Sept institutions agréées et 289 associations ont servi plus de 800 000 emprunteurs en 2024.
- Le TEG moyen des microcrédits a atteint 25,7 % fin 2024.
- Depuis décembre 2025, un prêt dont le taux dépasse la moyenne semestrielle de sa catégorie est jugé excessif.
La microfinance en Tunisie touche davantage de personnes que presque tout autre canal de crédit formel hors banques. Selon l'autorité de contrôle, plus de 800 000 personnes avaient un microcrédit en 2024, accordé par quelques sociétés agréées comme Enda Tamweel et Taysir et par des centaines d'associations locales. Le secteur grandit, mais le crédit coûte cher, et les règles de tarification ont changé fin 2025.
Comment la microfinance est encadrée en Tunisie
Le socle juridique est le décret-loi n° 2011-117 du 5 novembre 2011, qui organise l'activité des institutions de microfinance (IMF). Il distingue deux familles de prêteurs :
- les sociétés de microfinance agréées, constituées en sociétés anonymes, qui peuvent prêter des montants plus élevés et se financer auprès des banques et du marché financier ;
- les associations de microfinance, pour la plupart de petites structures locales à l'activité de crédit plus limitée.
Le même texte a créé l'Autorité de contrôle de la microfinance (ACM), instance indépendante dont le conseil compte des représentants du ministère et de la Banque centrale de Tunisie (BCT). L'ACM délivre les agréments, publie les statistiques du secteur et, depuis fin 2025, fixe les taux de référence servant à repérer les tarifs excessifs.
Les associations ont disposé d'un délai pour se mettre en conformité. Celui-ci a été prorogé à plusieurs reprises, en dernier lieu jusqu'au 31 décembre 2021, selon un décret publié au JORT en février 2020.
Le secteur en chiffres
Selon les données de l'ACM reprises par L'Economiste Maghrébin en juin 2025 :
- 7 institutions agréées, avec 232 agences, plus une huitième structure associative ;
- 289 associations de microfinance actives ;
- plus de 800 000 bénéficiaires en 2024, pour 2 562,5 millions de dinars, contre 769 150 bénéficiaires et 2 211,3 millions de dinars en 2023.
Des chiffres relayés par l'agence TAP en août 2025 portent l'encours des microcrédits à 2 596 millions de dinars à fin mars 2025, avec 113 583 prêts accordés sur ce seul trimestre. L'analyste financier Bassem Ennaifar relie cette progression au recul des crédits bancaires non professionnels : pour beaucoup de ménages, la microfinance est devenue l'option la plus accessible, malgré des taux plus élevés.
Les principaux acteurs
Enda Tamweel
Enda Tamweel est le nom le plus connu du secteur. Créée par l'ONG Enda inter-arabe, elle se présente comme la première institution de microfinance du pays. En août 2024, elle revendiquait 109 agences couvrant tous les gouvernorats et cinq guichets mobiles pour les zones enclavées. Elle détient la certification de protection des clients SPTF Cerise+ au niveau or et une notation sociale et environnementale A+.
En juin 2026, un pool bancaire mené par Amen Bank, avec la BIAT, l'Arab Tunisian Bank et la BTK, a monté un financement de 160 millions de dinars en faveur d'Enda Tamweel, destiné aux petits entrepreneurs, aux femmes cheffes d'entreprise, aux jeunes porteurs de projets et aux ménages modestes.
Taysir Microfinance
Taysir, détenue majoritairement par le groupe Horchani, comptait 26 agences mi-2024. Selon le résumé de son prospectus obligataire de 2024, 46 % de ses financements allaient aux femmes, 42 % aux jeunes et 74 % aux zones de développement régional. Taysir se finance sur le marché obligataire : son émission de 2024 visait 30 millions de dinars, extensibles à 40 millions, à des taux fixes de 10,9 % à 11,1 %. MicroRate lui attribue la note β+.
Les autres
Microcred SA revendiquait plus de 25 500 clients actifs en septembre 2025, lorsque MicroRate lui a attribué une notation institutionnelle β+ et une notation sociale de quatre étoiles.
Le coût du crédit
Le microcrédit coûte cher. L'ACM a établi le taux effectif global moyen (TEG, qui inclut intérêts, frais de dossier et assurance) à 25,7 % fin 2024, en avertissant que cette hausse pourrait freiner l'inclusion des emprunteurs vulnérables. Une étude de 2026 de l'Observatoire de l'inclusion financière et du PNUD évoque un taux moyen de 31 % en microfinance, contre 9,5 % pour les prêts bancaires.
Les institutions font valoir que ce coût reflète la petite taille des prêts, le suivi de terrain et leur propre coût de financement. L'emprunt obligataire de Taysir, rémunéré autour de 11 %, donne une idée du prix auquel elles se refinancent.
De nouvelles règles sur les taux excessifs
Le 26 décembre 2025, un arrêté du ministre des Finances publié au JORT a changé la manière de contrôler les prix. Tous les six mois, l'ACM calcule le TEG moyen de chaque catégorie de microcrédit, à partir des taux effectivement appliqués au semestre précédent. Un prêt dont le taux dépasse cette moyenne pour sa catégorie est désormais jugé excessif. L'ACM publie ces taux de référence dans une note officielle.
La règle donne aux emprunteurs un repère public. Elle pousse aussi les institutions vers la moyenne du secteur, plutôt que vers un plafond légal fixe.
Ce qui pourrait changer
En juillet 2023, une séance de travail ministérielle présidée par la cheffe du gouvernement de l'époque a décidé d'ouvrir la microfinance aux personnes morales, de relever le plafond des petits prêts à 50 000 dinars et de créer un fonds de refinancement des IMF. Nous n'avons pas pu confirmer, à partir des sources disponibles, que toutes ces mesures ont depuis été mises en œuvre. La loi de finances 2025 a par ailleurs prévu une ligne de crédit de 20 millions de dinars pour les catégories les plus vulnérables.
Pourquoi c'est important pour les fintechs
Pour l'inclusion financière, la microfinance est le principal pont entre le cash et le crédit formel, en particulier pour les femmes et les emprunteurs ruraux. Pour les fintechs, les pistes sont concrètes : remboursement numérique via les portefeuilles mobiles (voir le paiement mobile en Tunisie), scoring à partir de données alternatives, outils réduisant les coûts de terrain. Tout ce qui fait baisser le coût de service d'un petit emprunteur pourrait, à terme, faire reculer un TEG moyen supérieur à 25 %.
Entreprises citées
Questions fréquentes
Qui contrôle la microfinance en Tunisie ?
L'Autorité de contrôle de la microfinance (ACM), instance indépendante créée par le décret-loi n° 2011-117 du 5 novembre 2011. Son conseil compte des représentants du ministère des Finances et de la BCT. Elle délivre les agréments et publie les statistiques du secteur.
Quel est le taux d'un microcrédit en Tunisie ?
Selon l'ACM, le taux effectif global moyen, frais et assurance compris, était de 25,7 % fin 2024. Depuis décembre 2025, l'ACM publie tous les six mois une moyenne de référence par catégorie de prêt ; au-delà, le taux est jugé excessif.
Quelles sont les principales institutions de microfinance en Tunisie ?
Enda Tamweel est la plus connue, avec 109 agences en 2024. Taysir Microfinance et Microcred SA sont d'autres acteurs agréés. L'ACM recensait en 2025 sept institutions agréées et 289 associations actives.
Sources
- Le coût du microcrédit s'envole : le TEG atteint 25,7 % fin 2024 — L'Economiste Maghrébin
- Microfinanceurs et clients de la microfinance, ceci vous concerne — L'Economiste Maghrébin
- Boom de la microfinance en Tunisie : 804 000 Tunisiens concernés — L'Economiste Maghrébin (TAP)
- Double certification pour Enda Tamweel — L'Economiste Maghrébin
- Taysir Microfinance en quête de 40 MTND sur le marché obligataire — L'Economiste Maghrébin
- 160 MDT : Amen Bank mène un pool bancaire pour propulser l'inclusion financière via Enda Tamweel — L'Economiste Maghrébin
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.