Paymee : portrait d'un pionnier du paiement tunisien en difficulté
Paymee a aidé les commerçants tunisiens à encaisser par carte en ligne et à la livraison. Un gel de fonds pour soupçon de blanchiment en 2023, lié à un vide réglementaire, a mis l'entreprise en danger.
À retenir
- Paymee, fondée par Marwen Amamou vers 2017-2018, a bâti l'une des premières passerelles de paiement en ligne tunisiennes, avec liens de paiement, QR codes et paiement par carte à la livraison.
- Elle a levé un tour à six chiffres mené par P1 Ventures en juillet 2022.
- En février 2023, une déclaration de soupçon à la CTAF a entraîné le gel de ses fonds ; une inspection de la BCT a ensuite conclu à une activité de facilitateur de paiement, et non d'établissement de paiement non agréé.
- L'affaire a mis en lumière l'absence de règles pour les facilitateurs, que la BCT a comblée en partie avec ses lignes directrices de janvier 2024.
Paymee a été l'une des premières startups tunisiennes à proposer aux commerçants une passerelle de paiement en ligne. Son histoire est aussi un avertissement : en 2023, une déclaration de soupçon de blanchiment a entraîné le gel de ses fonds et de ceux de son fondateur, dans une affaire qui tenait à la manière dont la Tunisie encadrait, ou non, les facilitateurs de paiement. Portrait.
Paymee en bref
- Fondateur et dirigeant : Marwen Amamou, ingénieur informaticien passé par l'ISI de l'Ariana, qui a travaillé en France avant de revenir à Tunis.
- Création : les sources divergent. We Are Tech Africa indique 2017, Wamda 2018 ; un portrait publié en 2018 par Tunisian Monitor situe le lancement à Paris en mars 2018.
- Label Startup : obtenu en mai 2019 dans le cadre du Startup Act.
- Financement : un tour à six chiffres mené par P1 Ventures en juillet 2022, montant non divulgué. Paymee avait auparavant remporté le grand prix de la deuxième saison du concours El Pitch.
- Distinction : un prix de l'innovation fintech décerné par la Présidence du gouvernement lors du sommet de la Francophonie de novembre 2022 en Tunisie, selon l'entreprise.
Produits
Paymee a démarré en 2018 avec une application mobile pour payer les commerçants et envoyer de l'argent, doublée d'une passerelle pour les sites marchands. L'offre s'est ensuite recentrée sur les entreprises :
- Passerelle de paiement : acceptation des cartes bancaires tunisiennes et internationales et des cartes e-Dinar de La Poste, via modules ou API. Les paiements transitent par la plateforme sécurisée de la Société Monétique Tunisie (SMT).
- Paylink : des liens de paiement pour les entreprises sans site, pour les factures, les commandes par téléphone ou réseaux sociaux et les acomptes.
- Paiement par QR code : un QR code fixe au montant modifiable, présenté en 2022 comme une alternative au TPE.
- Paymee On Delivery : le livreur génère un QR code pour chaque colis ; le client le scanne et paie par carte à la porte. Aramex était cité comme client logistique en 2022.
Mi-2022, Paymee revendiquait plus de 250 comptes professionnels et plus de 100 000 transactions. Ces produits visent la faiblesse structurelle de l'e-commerce tunisien, la domination du paiement à la livraison, détaillée dans notre guide du paiement e-commerce en Tunisie.
Le gel de 2023
D'après le communiqué de Paymee de février 2024 et les informations de Webdo :
- 24 février 2023 : la Commission Tunisienne des Analyses Financières (CTAF), la cellule de renseignement financier, reçoit une déclaration de soupçon d'origine inconnue. Elle accuse Paymee d'exercer comme établissement de paiement sans agrément et de blanchiment.
- Les fonds de Paymee et les avoirs personnels de son représentant légal sont gelés ; une affaire pénale est ouverte.
- Octobre 2023 : un rapport d'inspection de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) conclut que Paymee n'agit pas comme établissement de paiement mais comme facilitateur de paiement, une catégorie que l'entreprise décrit comme pas encore pleinement réglementée.
- Janvier 2024 : la BCT publie des lignes directrices sur la facilitation de paiement, qui imposent un partenariat avec une banque ou un établissement agréé.
- Février 2024 : l'affaire est toujours ouverte après onze mois. Paymee évoque plus de 750 clients touchés, environ 90 millions de dinars traités, une activité paralysée et un risque imminent de cessation.
Il s'agit de la version de l'entreprise et de comptes rendus de presse ; nous n'avons pas eu accès aux dossiers des autorités.
Et ensuite ?
Les informations publiques après début 2024 sont rares. Paymee a annoncé en mars 2024 avoir obtenu le label « Projet innovant » en Algérie. Son site reste en ligne, mais son blog ne publie aucune mise à jour sur l'affaire après février 2024. Des comparatifs de prestataires de paiement publiés en 2025 et 2026 décrivaient encore ses comptes comme gelés ou l'entreprise comme en grande difficulté réglementaire. Nous n'avons trouvé aucune annonce officielle de classement de l'affaire ou de dégel des fonds. La situation actuelle de Paymee doit donc être considérée comme non confirmée.
Les leçons pour les fintechs tunisiennes
L'affaire Paymee illustre le risque réglementaire propre au paiement en Tunisie. Quelques enseignements concrets :
- Connaître sa catégorie. La frontière entre facilitateur de paiement et établissement de paiement non agréé sépare l'innovation de l'infraction. Notre dossier sur les établissements de paiement en Tunisie détaille les statuts.
- Documenter les flux. Un facilitateur qui touche l'argent des commerçants s'expose au contrôle LBC/FT. Voir notre article sur la LBC/FT et l'e-KYC.
- Anticiper le gel de comptes. Un gel bloque immédiatement les reversements aux commerçants, qui en subissent aussi les conséquences.
Les lignes directrices de janvier 2024, que Paymee dit avoir contribué à nourrir, ont donné une base plus claire au modèle du facilitateur ; Konnect et Flouci se présentent aujourd'hui comme facilitateurs autorisés par la BCT. L'expérience de Paymee montre le prix à payer pour avoir opéré avant que les règles n'existent.
Entreprises citées
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Paymee ?
Paymee est une fintech tunisienne fondée par Marwen Amamou. Elle propose aux commerçants une passerelle de paiement en ligne, des liens de paiement, le paiement par QR code et le paiement par carte à la livraison.
Pourquoi les fonds de Paymee ont-ils été gelés ?
En février 2023, la CTAF a reçu une déclaration de soupçon accusant Paymee d'exercer comme établissement de paiement sans agrément et de blanchiment. Une inspection de la BCT a conclu en octobre 2023 à une activité de facilitateur, mais l'affaire restait ouverte en février 2024.
Paymee est-elle toujours en activité ?
Ce n'est pas clair. Paymee alertait en février 2024 sur un risque de cessation, et des comparatifs de 2025 et 2026 décrivaient encore ses comptes comme gelés. Nous n'avons trouvé aucune confirmation officielle d'un règlement de l'affaire.
Qui a investi dans Paymee ?
P1 Ventures a mené un tour à six chiffres en juillet 2022. Le montant exact n'a pas été communiqué.
Sources
- Tunisia's Paymee raises six-figure round led by P1 Ventures — Wamda
- En Tunisie, Paymee fournit des passerelles de paiement en ligne pour les entreprises — We Are Tech Africa
- Pionnier des solutions de paiement en ligne en Tunisie face aux défis — Paymee
- Tunisie : Enquête, gel de fonds, la startup Paymee en péril ! — Webdo
- Paymee, revolution in mobile and online payment for Tunisian economy — Tunisian Monitor
- Paymee On Delivery — Paymee
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.