Écosystème

Le Startup Act tunisien expliqué aux fondateurs de fintech

Le Startup Act de 2018 apporte de vrais avantages fiscaux, sociaux et en devises. Qui est éligible, ce que l'on obtient, et pourquoi le label n'est pas un agrément fintech.

Le Startup Act tunisien expliqué aux fondateurs de fintech

À retenir

  • La loi 2018-20 crée un label valable jusqu'à huit ans après la création, pour les sociétés de moins de 100 salariés et de moins de 15 millions de dinars de chiffre d'affaires ou de bilan.
  • Les fondateurs ont droit à un congé d'un an renouvelable une fois et à une bourse d'un an ; la société bénéficie d'exonérations fiscales et sociales et d'un compte en devises.
  • Le label n'est pas un agrément financier : paiement, wallet et crédit exigent toujours l'aval de la BCT ou un partenaire agréé.
  • 1 352 startups étaient labellisées en juillet 2026, et un Startup Act 2.0 axé sur le financement est en préparation, sans calendrier public.
1 352
startups labellisées depuis 2018 (juillet 2026)
Mosaïque FM via MENA Startup Digest, 2026
8 years
durée maximale du label, depuis la création
Law No. 2018-20, art. 3
2 years
congé startup maximal (1 an renouvelable une fois)
Law No. 2018-20, art. 8

Le Startup Act tunisien, loi n° 2018-20 du 17 avril 2018, a été l'une des premières lois du continent consacrées aux startups technologiques. Huit ans plus tard, plus de 1 300 entreprises ont obtenu le label Startup. Pour une fintech, ce label est utile, mais on se méprend souvent sur sa portée. Il ouvre des avantages fiscaux, sociaux et en devises. Il n'autorise personne à manier l'argent d'autrui.

Ce que prévoit le Startup Act

La loi crée un « label Startup » attribué par le ministère des Technologies de la communication aux sociétés éligibles. Smart Capital, la société publique qui pilote le programme Startup Tunisia, gère les candidatures via le portail startup.gov.tn, et le label est accordé par décision du ministre. La loi instaure aussi :

  • un pré-label pour les porteurs de projet non encore constitués en société, valable six mois (article 4) ;
  • des avantages pour les fondateurs, pour l'entreprise et pour ses investisseurs ;
  • un fonds de garantie des startups, qui couvre en partie les participations des investisseurs en cas de liquidation amiable (article 18).

Qui peut obtenir le label Startup ?

Selon l'article 3 de la loi et les critères publiés sur le portail Startup Tunisia, l'entreprise doit :

  • avoir moins de huit ans d'existence ;
  • compter moins de 100 salariés, avec un total de bilan ou un chiffre d'affaires annuel inférieur à 15 millions de dinars ;
  • être détenue à plus des deux tiers par des personnes physiques, des organismes d'investissement réglementés (fonds de capital-risque, par exemple) ou des startups étrangères ;
  • reposer sur un modèle d'affaires innovant, notamment technologique, à fort potentiel de croissance.

Le label est valable au plus huit ans à compter de la création de la société. Il peut être retiré si l'entreprise ne remplit plus les conditions ou manque à ses obligations. Les sociétés labellisées doivent déposer leurs états financiers avant le 31 mars de chaque année.

Nombre cumulé de labels Startup attribués en Tunisie

Source : Smart Capital via GSMA (2020); Kapitalis (2024); Managers (2025); MENA Startup Digest (2026)

Voir les données
LibelléValeur
Août 2020327
Mars 20241 018
Févr. 20251 146
Juil. 20261 352

Ce que gagnent les fondateurs

Les avantages accordés aux personnes sont l'aspect le plus original de la loi :

  • Le congé pour création de startup. Jusqu'à trois associés fondateurs, à plein temps sur le projet, peuvent prendre un an de congé, renouvelable une fois, et retrouver ensuite leur poste (articles 8 et 9). Dans une entreprise privée de moins de 100 salariés, l'accord écrit de l'employeur est requis.
  • La bourse startup. Jusqu'à trois associés fondateurs à plein temps peuvent percevoir une bourse pendant un an (article 10). Un fondateur ne peut cumuler qu'une seule bourse à la fois, même s'il dirige plusieurs startups.
  • Les programmes d'emploi. Les jeunes diplômés conservent leurs droits aux programmes publics d'emploi pendant trois ans au plus après l'obtention du label (article 11).

Ce que gagnent l'entreprise et ses investisseurs

  • Une exonération de l'impôt sur les sociétés pendant toute la durée de validité du label, soit jusqu'à huit ans après la création (article 19).
  • La prise en charge par l'État des cotisations sociales, parts patronale et salariale, pendant la période du label (article 19).
  • Un compte en devises. Les startups peuvent ouvrir un compte spécial en devises (article 17), dont la BCT a fixé les règles par la circulaire 2019-01. Il peut être crédité des recettes d'exportation et des apports de non-résidents, et débité des achats de biens et services liés à l'activité, des frais de mission à l'étranger et des prises de participation hors de Tunisie.
  • Les brevets. L'État prend en charge les frais de dépôt nationaux et, dans la limite des budgets, une partie des frais de dépôt à l'international (article 12).
  • Des incitations pour les investisseurs. Les plus-values de cession d'actions de startups sont exonérées (article 14), et les revenus réinvestis dans des startups sont déductibles (article 13).

Ce que cela change pour une fintech

Pour une fintech, le compte en devises est depuis longtemps l'avantage le plus concret. Il permet de payer des services cloud, des licences logicielles ou des prestataires étrangers sans passer par le régime de change général. Ce régime est lui-même en cours de réforme (voir notre article sur la réforme du code des changes).

Trois limites comptent toutefois :

  1. Le label n'est pas un agrément financier. Un wallet, un service de paiement ou une activité de crédit exige toujours l'aval de la Banque centrale de Tunisie, ou un partenariat avec une banque ou un établissement de paiement agréé. Beaucoup de fintechs commencent par le bac à sable réglementaire de la BCT.
  2. Les exigences en capital ne sont pas adaptées. Des fondateurs cités dans un reportage de Mosaïque FM en 2026 estiment que les fintechs se heurtent à des exigences financières pensées pour les grandes entreprises.
  3. Le compteur des huit ans part de la création. Une société qui tarde à candidater perd une partie de la période d'avantages.

Bilan et « Startup Act 2.0 »

Le nombre de startups labellisées a progressé régulièrement. Ces chiffres proviennent de Smart Capital, du ministère et de la presse :

  • environ 327 en août 2020 (Smart Capital, cité par la GSMA) ;
  • 1 018 fin mars 2024 (Kapitalis) ;
  • 1 146 en février 2025, après 69 nouveaux labels (Managers) ;
  • 1 352 en juillet 2026 (Mosaïque FM, cité par MENA Startup Digest).

Selon ce bilan de 2026, les logiciels d'entreprise (14 %) et l'e-commerce (11 %) sont les premiers secteurs des startups labellisées, devant la healthtech et l'edtech (9 % chacune). Les fondateurs y pointent aussi des difficultés récurrentes : procédures complexes, mauvaise coordination entre administrations, marché intérieur étroit, concurrence de l'informel et retards de paiement des marchés publics.

Le ministre des Technologies de la communication, Sofiene Hemissi, a indiqué qu'un « Startup Act 2.0 » est en préparation avec plusieurs ministères, centré sur l'accès au financement. Aucun projet de texte ni calendrier n'avait été rendu public en octobre 2026 : mieux vaut donc raisonner avec la loi actuelle. Pour les pistes de financement au-delà du label, voir notre guide pour lever des fonds en tant que fintech tunisienne.

Questions fréquentes

Comment obtenir le label Startup en Tunisie ?

La candidature se fait en ligne sur le portail Startup Tunisia (startup.gov.tn), géré par Smart Capital. Le dossier est évalué selon plusieurs critères : la société doit avoir moins de huit ans, moins de 100 salariés, moins de 15 millions de dinars de chiffre d'affaires ou de bilan, être détenue majoritairement par des personnes physiques ou des investisseurs éligibles, et présenter un modèle innovant et à fort potentiel.

Combien de temps dure l'exonération fiscale des startups ?

L'exonération de l'impôt sur les sociétés vaut pendant toute la durée du label, soit au maximum huit ans à compter de la création de la société. Candidater tard réduit donc la période d'avantages.

Une startup labellisée peut-elle proposer des services de paiement ?

Pas sans agrément. Le label n'autorise aucune activité financière : une fintech doit obtenir l'agrément de la BCT comme établissement de paiement, passer par le bac à sable ou s'adosser à une banque ou un établissement agréé.

Qu'est-ce que le Startup Act 2.0 ?

C'est une nouvelle loi annoncée par le ministère des Technologies de la communication, centrée sur l'accès au financement. En octobre 2026, aucun projet de texte ni calendrier n'avait été publié.

Sources

  1. Loi n° 2018-20 du 17 avril 2018 relative aux startups — CMF (texte de la loi)
  2. What are the labelling criterias? — Startup Tunisia
  3. Tunisia's Startup Act Hits 1,352 Certified Companies, But Funding and Red Tape Challenges Remain — MENA Startup Digest
  4. Startup Act : 69 nouveaux labels attribués, portant le total à 1 146 — Managers
  5. BCT : conditions d'ouverture de comptes startup en devises — Webmanagercenter
  6. Exploring the Rising Tunisian Start-up Ecosystem — GSMA

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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