Transferts de la diaspora en Tunisie : coûts et canaux digitaux
Les Tunisiens à l'étranger ont transféré 8,76 milliards de dinars par les canaux formels en 2025, plus que les recettes du tourisme. Les envois en ligne coûtent moins cher, mais le cash et l'informel restent massifs.
À retenir
- Les revenus du travail, issus surtout des TRE, ont atteint 8 761,6 millions de dinars en 2025, contre 8 262,6 millions en 2024, selon la BCT.
- Au 20 août 2026, ils progressaient de 5,4 % sur un an et dépassaient les recettes touristiques d'environ 741 millions de dinars.
- Envoyer 200 dollars depuis la France coûtait en moyenne 5,50 % au troisième trimestre 2025, avec des écarts allant de moins de 1 % en ligne à plus de 28 % en agence bancaire.
- Une part importante mais non mesurée des fonds circule encore en espèces ou par des canaux informels : c'est là que se trouve l'opportunité pour les acteurs numériques.
Les transferts de la diaspora comptent parmi les premières sources de devises de la Tunisie. Selon les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), les revenus du travail ont atteint 8 761,6 millions de dinars en 2025, davantage que les recettes touristiques. La manière dont cet argent circule, et son coût, évoluent lentement : les applications de transfert concurrencent désormais les agences, les banques et la valise d'espèces.
Quel poids pour les transferts de la diaspora tunisienne ?
La BCT publie les « revenus du travail » dans ses indicateurs monétaires et financiers quotidiens. Cette ligne correspond essentiellement aux transferts des Tunisiens résidant à l'étranger (TRE). Derniers chiffres annuels :
- 2024 : 8 262,6 millions de dinars ;
- 2025 : 8 761,6 millions de dinars, soit une hausse d'environ 6 %.
La tendance se poursuit en 2026. Au 20 août, les revenus du travail cumulés atteignaient 5 868,7 millions de dinars, en hausse de 5,4 % sur un an, selon les chiffres de la BCT repris par La Presse. Sur la même période, les recettes touristiques s'élevaient à 5 127,5 millions de dinars : la diaspora a donc apporté environ 741 millions de dinars de plus que les touristes.
Ces flux pèsent lourd dans l'équilibre extérieur : avec le tourisme, ils figurent parmi les principales sources de devises qui soutiennent les avoirs de la BCT, équivalents à 98 jours d'importation au 24 août 2026.
La communauté concernée est importante : Business News évalue à près de deux millions le nombre de Tunisiens vivant à l'étranger, principalement en Europe.
Ce que les chiffres officiels ne voient pas
Les données de la BCT ne couvrent que les canaux formels. Une part importante de l'aide aux familles emprunte d'autres voies : espèces rapportées lors des vacances d'été, biens, réseaux de change informels. Une enquête d'Inkyfada publiée en 2022 citait des estimations de la Banque mondiale selon lesquelles les flux informels peuvent représenter 50 % ou plus des transferts enregistrés d'un pays, ainsi qu'une estimation selon laquelle environ 5 % seulement des transferts tunisiens transitent par les banques. Aucun de ces chiffres n'est une mesure officielle tunisienne, et nous n'en avons pas trouvé de plus récente.
L'écart tient en partie au prix. Les transferts formels sont convertis sur le marché officiel des changes, alors que les circuits informels peuvent offrir un meilleur taux ou simplement plus de commodité. En 2021, le gouverneur de la BCT de l'époque, Marouane El Abassi, reconnaissait publiquement que les coûts de transfert vers la Tunisie étaient nettement plus élevés qu'ailleurs, et fixait l'objectif de faire passer les TRE de l'informel à la finance formelle. Il évoquait l'assouplissement des règles d'ouverture de comptes pour les nouveaux émigrés et le recours aux nouvelles technologies. La réforme du code des changes reste le principal levier pour modifier ces incitations.
Source : World Bank, Remittance Prices Worldwide (France to Tunisia, data collected August 2025)
Voir les données
| Libellé | Valeur |
|---|---|
| Attijariwafa Bank, en ligne vers compte | 0,61 % |
| MoneyGram, en ligne (option la moins chère) | 2,49 % |
| WorldRemit, en ligne | 3,58 % |
| Remitly, en ligne (moins d'une heure) | 4,08 % |
| Western Union, en ligne | 5,47 % |
| Ria, espèces en agence | 6,89 % |
| Western Union, espèces en agence | 9,81 % |
| Société Générale, en agence bancaire | 28,2 % |
Combien coûte un envoi vers la Tunisie ?
La base de données Remittance Prices Worldwide de la Banque mondiale suit le corridor France-Tunisie, le plus important du pays. Au troisième trimestre 2025 (données collectées en août 2025), le coût total moyen d'un envoi équivalent à 200 dollars était de 5,50 % : 4,52 euros de frais en moyenne plus une marge de change de 2,27 %. C'est nettement au-dessus de la cible de 3 % fixée par les Objectifs de développement durable des Nations unies.
La moyenne masque des écarts considérables :
- les virements en ligne vers un compte bancaire sont les moins chers : 0,61 % avec le service en ligne d'Attijariwafa Bank, 2,49 % pour l'option en ligne la moins chère de MoneyGram ;
- les applications de transfert comme WorldRemit (3,58 %) et Remitly (4,08 % pour une livraison en moins d'une heure) se situent dans la moyenne ;
- le retrait d'espèces chez un agent coûte davantage : 6,89 % avec Ria et 9,81 % avec Western Union, surtout à cause de la marge de change ;
- le guichet bancaire classique est l'option la plus chère relevée, à 28,24 % pour la Société Générale.
Pour l'expéditeur, le canal compte plus que la marque, et la marge de change pèse souvent davantage que les frais affichés.
Le digital gagne du terrain
Envoyer de l'argent en Tunisie supposait autrefois de faire la queue dans une agence, une banque ou un bureau de poste. Une part croissante des envois démarre désormais sur un smartphone, même si l'argent finit souvent retiré en espèces.
Côté expéditeur
Taptap Send a lancé son service vers la Tunisie en avril 2022, sans frais d'envoi, depuis la France, la Belgique, l'Italie, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada ou les États-Unis notamment. Au lancement, les bénéficiaires retiraient les fonds en espèces dans quelque 300 points du réseau Swared de Viamobile, l'un des premiers établissements de paiement agréés par la BCT. En mars 2026, Business News décrivait ce basculement vers l'envoi depuis le smartphone, en citant la présence de Taptap Send dans plus de 80 pays. Des opérateurs internationaux comme Remitly, WorldRemit, Western Union ou MoneyGram proposent aussi des envois en ligne vers un compte bancaire tunisien ou un retrait en espèces.
Côté bénéficiaire
Le maillon faible reste souvent le dernier kilomètre : beaucoup de bénéficiaires veulent des espèces. Les établissements de paiement et les portefeuilles électroniques, présentés dans nos articles sur les établissements de paiement et le paiement mobile en Tunisie, pourraient permettre de recevoir et de dépenser ces fonds sous forme numérique. Mais créditer directement un portefeuille tunisien depuis l'étranger dépend de la réglementation des changes et de partenariats avec des intermédiaires agréés.
Pourquoi c'est important pour les fintechs
Les transferts combinent un flux important et récurrent avec une clientèle déjà habituée aux outils numériques dans son pays de résidence. Pour les fintechs tunisiennes, les pistes sont concrètes :
- des portefeuilles de réception qui transforment un transfert entrant en paiement de factures, en épargne ou en achats chez les commerçants, plutôt qu'en retrait immédiat ;
- des produits pour la diaspora (épargne, placement, financement immobilier), promis de longue date par les banques mais rarement numérisés ;
- la transparence des prix, tant les coûts varient d'un canal à l'autre ;
- la donnée : un historique documenté de transferts reçus pourrait nourrir le scoring de ménages peu connus du système bancaire, un enjeu central de l'inclusion financière.
Les contraintes sont réglementaires plus que techniques. Tout acteur qui touche aux flux transfrontaliers doit s'appuyer sur un partenaire agréé et respecter la réglementation des changes ainsi que les règles LBA/FT et d'e-KYC. La vitesse à laquelle le numérique prendra des parts au cash dépendra largement de l'ampleur de la réforme des changes.
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Questions fréquentes
Combien les Tunisiens à l'étranger transfèrent-ils chaque année ?
Selon la Banque centrale de Tunisie, les revenus du travail, issus surtout des TRE, ont atteint 8 761,6 millions de dinars en 2025, contre 8 262,6 millions en 2024. Ces chiffres ne comptent que les canaux formels : les espèces rapportées et les transferts informels n'y figurent pas.
Quel est le moyen le moins cher d'envoyer de l'argent en Tunisie ?
Dans l'enquête de la Banque mondiale sur le corridor France-Tunisie au troisième trimestre 2025, les virements en ligne vers un compte bancaire étaient les moins chers, certaines options passant sous 3 %. Le retrait en espèces chez un agent coûtait plus cher, et le virement depuis un guichet bancaire était l'option la plus onéreuse. Les prix changent souvent : comparez le coût total, marge de change comprise.
Peut-on envoyer de l'argent sur un portefeuille mobile en Tunisie ?
Certaines applications internationales passent par des partenaires tunisiens, notamment des réseaux de retrait en espèces gérés par des établissements de paiement agréés. Le crédit direct d'un portefeuille tunisien depuis l'étranger dépend des partenariats locaux de chaque service et de la réglementation des changes de la BCT ; l'offre varie donc selon les opérateurs.
Sources
- Diaspora tunisienne : près de 9 milliards de dinars envoyés en 2025, le digital transforme les habitudes — Business News
- Tunisie : Près de 11 milliards de dinars grâce au tourisme et aux transferts des TRE — La Presse via AllAfrica
- Remittance Prices Worldwide: France to Tunisia corridor — World Bank
- Sending money home: How Tunisians abroad impact their home country — Inkyfada
- Pour Marouane El Abassi, la bi-bancarisation peut réduire les coûts de transfert — Managers
- TaptapSend : des envois d'argent faciles, rapides et sans frais de l'étranger vers la Tunisie — Managers
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.