Afrique

Fintech au Maroc : wallets, régulation et startups

13,8 millions de portefeuilles, une loi sur le crowdfunding et un projet de loi crypto inspiré de MiCA : comment le Maroc encadre la fintech, et ce que la Tunisie peut en retenir.

Fintech au Maroc : wallets, régulation et startups

À retenir

  • Le Maroc comptait 22,6 millions de cartes bancaires en 2024, mais 86 % de leurs usages étaient des retraits d'espèces.
  • Les comptes de portefeuille mobile ont atteint 13,8 millions fin 2024, surtout grâce au versement des aides sociales.
  • Chari est devenue la première startup marocaine financée par du capital-risque à obtenir un agrément d'établissement de paiement, en levant 12 millions de dollars en octobre 2025.
  • Le projet de loi crypto 42.25, inspiré de MiCA, était toujours à l'examen en juillet 2026 : l'interdiction de 2017 reste formellement en vigueur.
13,8M
comptes de portefeuille mobile au Maroc fin 2024, contre 10,3 M
Bank Al-Maghrib via North Africa Post, 2025
86 %
des usages de cartes bancaires étaient des retraits en 2024
Bank Al-Maghrib via Hespress, 2025
$12M
série A de Chari, présentée comme la plus importante du Maroc (oct. 2025)
Wamda, 2025

Le Maroc combine un large parc de cartes bancaires et une forte dépendance au cash, et ses régulateurs avancent désormais sur plusieurs fronts. La fintech au Maroc est façonnée par la promotion des portefeuilles mobiles par Bank Al-Maghrib, une loi sur le financement collaboratif, un projet de loi sur les crypto-actifs et un plan public de financement des startups. Parce que le Maroc et la Tunisie partagent une tradition juridique et une structure bancaire proches, chacune de ces étapes intéresse directement les fondateurs et régulateurs tunisiens.

Un marché de la carte qui vit encore au cash

Sur le papier, les Marocains sont bien équipés. Selon les données de Bank Al-Maghrib (BAM) relayées par Hespress, 22,6 millions de cartes bancaires étaient en circulation en 2024, soit 12 % de plus en un an. Mais la carte sert surtout à retirer des espèces : les retraits représentaient 86 % de ses usages en 2024, contre 88 % en 2023.

La banque centrale constate que la demande de billets reste supérieure à son niveau d'avant la pandémie, même si elle a reculé en 2024. Une amnistie fiscale a permis d'absorber environ 37 milliards de dirhams d'avoirs en espèces, selon North Africa Post. Réduire l'usage du cash est donc une priorité affichée de BAM.

Établissements de paiement et m-wallet

La loi bancaire de 2014 a ouvert le marché aux établissements de paiement, des sociétés non bancaires agréées pour tenir des comptes de paiement et transférer des fonds. En 2018, le pays a lancé le M-Wallet, une solution de paiement mobile interopérable.

L'adoption a été lente mais s'accélère, en grande partie grâce à l'État. D'après le rapport 2024 de BAM sur les systèmes de paiement, cité par North Africa Post :

  • 21 offres de portefeuille mobile étaient disponibles fin 2024 ;
  • le nombre de comptes de portefeuille mobile est passé de 10,3 à 13,8 millions en un an ;
  • les transactions ont presque doublé, à 19,7 millions pour 3,9 milliards de dirhams, essentiellement liées aux aides sociales ;
  • le paiement mobile ne pèse encore que 0,1 % du total des transactions.

BAM a assoupli les règles applicables aux établissements de paiement afin qu'ils participent à la distribution numérique des aides sociales, et travaille avec la Banque mondiale à la cartographie des paiements de l'État vers les citoyens. La leçon est claire : quand l'État verse ses aides sur des portefeuilles, ceux-ci s'ouvrent.

Startups : l'agrément de paiement comme levier

L'exemple le plus visible d'une startup qui mise sur l'agrément d'établissement de paiement est Chari, une société casablancaise fondée en 2020 qui permet aux épiceries de commander leurs marchandises et d'accéder à des services financiers. En octobre 2025, elle a levé 12 millions de dollars en série A, présentée par Wamda comme la plus importante jamais réalisée au Maroc, menée par SPE Capital et Orange Ventures. Chari est aussi devenue la première startup financée par du capital-risque au Maroc à obtenir un agrément d'établissement de paiement de BAM. Celui-ci lui permet d'émettre des comptes de paiement avec RIB marocain et des cartes de débit, de proposer l'acquisition par terminaux et passerelles de paiement, ainsi que les transferts, les envois de fonds et le paiement de factures.

Côté financement, l'État tente de combler le manque d'investisseurs privés. En novembre 2025, dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030, le ministère de la Transition numérique, le ministère de l'Économie et des Finances, le Fonds Mohammed VI pour l'investissement et la CDG ont signé une convention portant sur un dispositif destiné à encourager la création de fonds d'investissement, selon Ecofin Agency. Les objectifs affichés pour 2030 : au moins 3 000 startups, une ou deux licornes et jusqu'à 7 milliards de dirhams levés par l'écosystème.

Financement collaboratif : une loi, puis des agréments

Le Maroc s'est doté d'une loi dédiée au financement collaboratif, la loi 15-18, mais sa mise en œuvre a pris du temps. À la mi-2024, BAM avait publié ses circulaires d'application et accordé trois agréments à des plateformes, tandis que l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) avait ouvert un portail dédié aux demandes, selon Finances News Hebdo. Ce partage des rôles entre banque centrale et régulateur de marché est une référence utile pour la Tunisie, qui a sa propre loi sur le crowdfunding.

Crypto : de l'interdiction vers l'agrément

Le Maroc a interdit la détention et l'échange de cryptomonnaies en 2017, au motif qu'ils contrevenaient à la réglementation des changes. En novembre 2025, le ministère de l'Économie et des Finances a publié le projet de loi n° 42.25 sur les crypto-actifs, préparé avec BAM et l'AMMC et largement inspiré du règlement européen MiCA. Selon Morocco World News :

  • les prestataires devront obtenir un agrément préalable et respecter des exigences de capital, de gouvernance et de contrôle des risques ;
  • l'AMMC et BAM se partageront la supervision, BAM étant chargée des stablecoins, y compris de leurs réserves et de leur remboursement ;
  • les monnaies numériques de banque centrale, les NFT et le minage sont exclus du champ du texte.

En juillet 2026, BAM indiquait dans son rapport annuel sur la supervision bancaire que le texte était toujours à l'examen. À cette date, il n'avait pas été adopté : l'interdiction de 2017 reste donc formellement en vigueur.

Ce que la Tunisie peut retenir du Maroc

La Tunisie et le Maroc partagent les mêmes difficultés : usage massif du cash, système centré sur les banques et réglementation des changes stricte. L'expérience marocaine suggère quatre leçons :

  • S'appuyer sur les paiements publics pour créer l'habitude du portefeuille. Les aides sociales ont davantage fait pour les wallets marocains que le marketing.
  • Faire de l'agrément d'établissement de paiement une vraie voie pour les startups. Chari montre ce qu'une startup peut bâtir une fois agréée. Le cadre tunisien est présenté dans notre article sur les établissements de paiement.
  • Remplacer l'interdiction par des règles. Le Maroc passe de la prohibition à un régime d'agrément inspiré de MiCA. Le débat tunisien est traité dans le statut juridique des cryptoactifs en Tunisie.
  • Associer régulation et financement. Les objectifs marocains pour 2030 s'accompagnent d'un dispositif public de soutien aux fonds d'investissement.

Pour comparer les chiffres, consultez notre comparatif Tunisie, Maroc, Égypte.

Questions fréquentes

Les cryptomonnaies sont-elles légales au Maroc ?

Leur échange est interdit au Maroc depuis 2017. Le projet de loi 42.25, publié en novembre 2025, créerait un régime d'agrément supervisé par l'AMMC et Bank Al-Maghrib, mais il était toujours à l'examen en juillet 2026.

Qui régule la fintech au Maroc ?

Bank Al-Maghrib supervise les banques et les établissements de paiement et délivre les agréments des plateformes de financement collaboratif. L'AMMC intervient aussi sur le crowdfunding et agréerait les prestataires de services sur crypto-actifs selon le projet de loi.

Combien de portefeuilles mobiles au Maroc ?

Selon Bank Al-Maghrib, le pays comptait 13,8 millions de comptes de portefeuille mobile et 21 offres fin 2024. Le paiement mobile ne représentait encore que 0,1 % du total des transactions.

Sources

  1. Morocco's central bank pushes mobile payments to reduce cash prevalence — North Africa Post
  2. Morocco reaches 22.6 million bank cards in 2024 — Hespress English
  3. Chari secures $12 million Series A and payment licence from Bank Al-Maghrib — Wamda
  4. BAM confirms progress on crypto law to curb Morocco's growing underground market — Morocco World News
  5. Morocco launches fund program for its startups — Ecofin Agency
  6. Crowdfunding au Maroc : financement — Finances News Hebdo

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

Recevez le briefing fintech tunisien

Nouveaux articles et analyses sur les paiements, la réglementation et le financement — en français ou en anglais. Pas de spam.

Merci, vous êtes inscrit·e !