Écosystème

Tunisie, Maroc, Égypte : la fintech nord-africaine comparée

L'Égypte a la taille et InstaPay, le Maroc 16 millions de comptes de paiement, la Tunisie reste en retrait sur l'inclusion. Une comparaison chiffrée.

Tunisie, Maroc, Égypte : la fintech nord-africaine comparée

À retenir

  • En 2024, 37,8 % des adultes tunisiens avaient un compte, contre 44,4 % au Maroc et 43,1 % en Égypte, selon le Findex.
  • Le taux égyptien a bondi depuis 27,4 % en 2021, tandis qu'InstaPay atteignait environ 22 millions de clients inscrits.
  • Le Maroc comptait 20 établissements de paiement et 16,3 millions de comptes de paiement en 2025, mais leur faible activation montre que l'agrément ne suffit pas.
  • Les startups égyptiennes ont levé 358 millions de dollars en fonds propres en 2025, les marocaines 79 millions ; Partech ne donne pas de total pour la Tunisie.
37,8 %
adultes tunisiens avec un compte, contre 44,4 % au Maroc et 43,1 % en Égypte
World Bank Global Findex 2025
22M
clients inscrits à InstaPay en Égypte (T2 2026)
Central Bank of Egypt via Ahram Online, 2026
$358M
levés en fonds propres par les startups égyptiennes en 2025
Partech Africa, 2025 report

La Tunisie, le Maroc et l'Égypte sont souvent rangés ensemble sous l'étiquette « fintech nord-africaine », mais ce sont des marchés très différents. L'Égypte a la taille et un système national de paiement instantané qui compte plus de 20 millions d'utilisateurs. Le Maroc s'est doté d'un large parc de comptes de paiement et d'établissements de paiement agréés. La Tunisie dispose d'une population instruite et connectée, mais accuse un retard sur la détention de comptes et le mobile money. Cette comparaison s'appuie sur les données disponibles en octobre 2026.

Taille de marché : trois échelles très différentes

Selon la Banque mondiale, l'Égypte comptait environ 116,5 millions d'habitants en 2024, le Maroc 38,1 millions et la Tunisie 12,3 millions. L'Égypte est près de dix fois plus peuplée que la Tunisie, ce qui explique une bonne partie de l'écart d'intérêt des investisseurs. Une fintech tunisienne qui vise de gros tours de table doit généralement présenter très tôt une ambition régionale.

Détention d'un compte : la Tunisie à la traîne

Le Global Findex 2025 de la Banque mondiale, fondé sur les enquêtes de 2024, fournit des chiffres comparables sur la part des adultes détenant un compte auprès d'une institution financière ou d'un prestataire de mobile money :

Tunisie Maroc Égypte
Ensemble des adultes 37,8 % 44,4 % 43,1 %
Hommes 49,6 % 54,6 % 46,0 %
Femmes 26,6 % 34,7 % 40,2 %

Trois enseignements :

  • L'Égypte a progressé le plus vite. Son taux est passé de 27,4 % en 2021 à 43,1 % en 2024. La Tunisie a à peine bougé (de 36,9 % à 37,8 %), et le Maroc est resté stable à 44,4 %.
  • L'écart hommes-femmes est le plus large en Tunisie. Il atteint 23 points, contre environ 20 au Maroc et moins de 6 en Égypte.
  • Les chiffres nationaux sont plus élevés. La Banque centrale d'Égypte annonce un taux d'inclusion financière de 76,3 % en décembre 2024. Bank Al-Maghrib indique que 62 % des adultes résidents détenaient un compte en 2025. Ces indicateurs reposent sur des définitions plus larges : on peut suivre leur évolution dans le temps, mais pas les comparer au Findex.

Pour le détail tunisien, voir notre article sur l'inclusion financière.

Adultes détenant un compte, 2024

Source : World Bank, Global Findex 2025 (indicator FX.OWN.TOTL.ZS)

Voir les données
LibelléValeur
Maroc44,4 %
Égypte43,1 %
Tunisie37,8 %
Algérie35,3 %

Infrastructures de paiement

Égypte : le paiement instantané à grande échelle

Le réseau de paiement instantané égyptien, InstaPay, a été lancé par la Banque centrale d'Égypte en 2022. En septembre 2026, son gouverneur Hassan Abdalla a indiqué que le réseau comptait environ 22 millions de clients inscrits et avait traité 1,47 milliard de transactions pour 4 330 milliards de livres égyptiennes au deuxième trimestre 2026, selon Ahram Online. Les portefeuilles mobiles ont aussi décollé : 943 milliards de livres de transactions au deuxième trimestre 2025, en hausse de 72 % sur un an. Voir le boom de la fintech égyptienne.

Maroc : établissements de paiement et comptes

Selon les données de supervision bancaire 2025 de Bank Al-Maghrib, reprises par Médias24, le pays comptait 20 établissements de paiement et 24 banques, et 16,3 millions de comptes de paiement avaient été ouverts. L'usage reste toutefois en deçà de ces totaux. Fin 2024, seuls 28 % des comptes de paiement avaient servi au cours du dernier trimestre, et 86 % des opérations par carte étaient encore des retraits d'espèces. Voir la fintech au Maroc.

Tunisie : la carte d'abord, le cash toujours

Le rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie recensait 5,85 millions de cartes bancaires et 6 établissements de paiement fin 2025. OFT Tunisie, filiale d'Ooredoo, a été agréé en mars 2026. Le pays comptait 469 000 portefeuilles mobiles et 8,4 millions d'opérations de paiement mobile en 2025, en hausse de 80,5 %, un rythme élevé à partir d'une base étroite. La Tunisie ne dispose pas d'un système de paiement instantané grand public d'une portée comparable à InstaPay (voir les paiements instantanés en Tunisie).

Financement des startups

Le rapport 2025 de Partech sur le capital-risque tech en Afrique, publié début 2026, illustre l'écart :

  • Égypte : 358 millions de dollars en fonds propres sur 80 opérations (+21 %), et 604 millions en incluant la dette. Le pays se classe quatrième en Afrique pour les fonds propres levés.
  • Maroc : 79 millions de dollars en fonds propres sur 26 opérations.
  • Tunisie : le rapport ne donne pas de montant total. Il recense 31 investisseurs actifs, en hausse de 24 %.

À l'échelle du continent, la fintech a capté 32 % des fonds propres levés. Les fintechs égyptiennes profitent d'un marché intérieur assez vaste pour justifier des séries A et B. Les fondateurs tunisiens lèvent plus souvent des tours d'amorçage auprès de fonds soutenus par le fonds de fonds public ANAVA.

La connectivité n'est pas le problème

Selon les données de la Banque mondiale fondées sur les estimations de l'UIT, l'usage d'internet atteignait en 2024 76,5 % en Tunisie, 91,2 % au Maroc et 74,6 % en Égypte. DataReportal l'estime à 84,3 % en Tunisie en octobre 2025. Les trois pays sont assez connectés pour une finance pensée d'abord pour le mobile. Les différences tiennent à la réglementation, à la distribution et à la confiance.

Les leçons pour la Tunisie

  • Le paiement instantané interopérable entraîne l'adoption. En Égypte, la détention de comptes a bondi dans les années où InstaPay et les wallets ont pris de l'ampleur. Un système de virement instantané, peu coûteux et fondé sur le numéro de téléphone, est la pièce qui manque le plus clairement en Tunisie.
  • Un agrément doit se traduire en utilisateurs actifs. L'exemple marocain montre qu'ouvrir des millions de comptes de paiement ne suffit pas : l'activation et l'acceptation chez les commerçants sont décisives.
  • Les femmes représentent le principal potentiel. L'écart de 23 points en Tunisie est le plus large des trois pays. Le faible écart égyptien montre qu'il peut être comblé.
  • Grandir suppose un plan régional. Avec 12 millions d'habitants, une fintech tunisienne qui vise de gros tours de table doit concevoir des produits exportables, dans les limites de la réglementation des changes.

Entreprises citées

Questions fréquentes

Quel pays d'Afrique du Nord a le secteur fintech le plus développé ?

Par le financement et la taille, l'Égypte : ses startups ont levé 358 millions de dollars en fonds propres en 2025 selon Partech, et InstaPay comptait environ 22 millions de clients inscrits mi-2026. Le Maroc dispose d'un secteur d'établissements de paiement étoffé, la Tunisie d'un marché plus petit et moins mûr.

Comment l'inclusion financière tunisienne se compare-t-elle à celle du Maroc et de l'Égypte ?

Selon le Global Findex 2025, 37,8 % des adultes tunisiens avaient un compte en 2024, contre 44,4 % au Maroc et 43,1 % en Égypte. La Tunisie présente aussi l'écart hommes-femmes le plus large des trois, à 23 points.

Pourquoi les taux nationaux sont-ils plus élevés que ceux du Findex ?

Les banques centrales, comme la CBE (76,3 %) ou Bank Al-Maghrib (62 %), utilisent leurs propres définitions et des données administratives, qui ne comptent pas les comptes de la même façon que l'enquête de la Banque mondiale. Le Findex reste l'outil le plus adapté aux comparaisons entre pays.

Sources

  1. Account ownership at a financial institution or with a mobile-money-service provider (FX.OWN.TOTL.ZS) — World Bank (Global Findex)
  2. 2025 Africa Tech Venture Capital Report — Partech Africa
  3. Egypt's IPN records 1.47 bln transactions worth EGP 4.33 tln in 2Q 2026: CBE governor — Ahram Online
  4. Secteur bancaire : ce qu'il faut retenir du bilan 2025 présenté par Bank Al-Maghrib — Médias24
  5. Maroc : 13,8 millions de comptes de paiement ouverts en 2024 — Finances News Hebdo
  6. CIB Egypt special report: flourishing fintechs and young Egyptians shake up banking — AGBI

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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