Néobanques en Tunisie : pourquoi aucune n'existe encore
Aucune banque 100 % mobile n'opère en Tunisie. Loi bancaire, plafonds des wallets et capital minimum expliquent ce retard, que les établissements de paiement comblent en partie.
À retenir
- En octobre 2026, aucune banque entièrement numérique n'est agréée en Tunisie et aucune licence spécifique n'existe.
- Un agrément bancaire (loi 2016-48) exige 50 millions de dinars de capital, contre 5 millions pour un établissement de paiement.
- Les comptes de paiement sont plafonnés à 1 500, 5 000 ou 20 000 dinars selon le niveau (circulaire BCT 2026-10).
- Les modèles les plus réalistes sont une marque digitale bancaire ou un établissement de paiement adossé à une banque.
Les néobanques en Tunisie relèvent encore davantage du concept que de la réalité. En octobre 2026, aucune banque 100 % mobile n'est agréée dans le pays et il n'existe pas de licence dédiée aux banques numériques. Le besoin est pourtant réel : seuls 37,8 % des adultes ont un compte selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale. Que permet la loi, qui s'en approche, et que faudrait-il changer ?
Pourquoi la question des néobanques en Tunisie revient sans cesse
L'argument se défend aisément. Le taux de détention d'un compte n'a presque pas bougé en dix ans : 36,9 % en 2017, 37,8 % dans l'enquête 2024 publiée dans le Findex 2025. Le smartphone est répandu, le paiement mobile a progressé de 80,5 % en 2025 selon la BCT, et une large diaspora envoie de l'argent au pays. Ailleurs, les néobanques ont séduit en rendant l'ouverture de compte simple et peu coûteuse.
Le débat n'a rien de neuf. En avril 2019, lors d'un séminaire organisé à Tunis par KPMG et l'APTBEF, les intervenants se demandaient déjà si les néobanques trouveraient leur place dans le paysage bancaire tunisien. La vice-gouverneure de la BCT, Nadia Gamha, citait alors la circulaire de décembre 2018 sur les établissements de paiement comme le signal de l'arrivée des services financiers numériques. Sept ans plus tard, cette voie a produit des wallets, pas des banques.
Ce que permet la loi tunisienne
L'activité bancaire est régie par la loi n° 2016-48 relative aux banques et aux établissements financiers. Selon l'analyse d'Oxford Business Group :
- les banques sont agréées par une commission présidée par le gouverneur de la BCT, en deux temps (agrément provisoire puis définitif) ;
- le capital minimum d'une banque a été doublé, à 50 millions de dinars ;
- la loi a créé des agréments « à la carte » à côté de l'agrément universel, ainsi qu'un fonds de garantie des dépôts couvrant jusqu'à 60 000 dinars par déposant ;
- elle a aussi autorisé les établissements de paiement non bancaires.
Aucune catégorie spécifique n'existe pour une banque sans agence. Une néobanque souhaitant collecter des dépôts et prêter devrait obtenir un agrément bancaire complet, avec le capital correspondant. L'Égypte a choisi une autre voie : en août 2025, la Banque centrale d'Égypte a validé l'agrément de Onebank, première banque entièrement numérique du pays, portée par Banque Misr. Notre article sur l'essor de la fintech égyptienne y revient.
Source : Challenges, reporting BCT circular 2026-10, September 2026
Voir les données
| Libellé | Valeur |
|---|---|
| Niveau 1 | 1 500 TND |
| Niveau 2 | 5 000 TND |
| Niveau 3 | 20 000 TND |
La voie pratique : l'établissement de paiement
La plupart des offres « type néobanque » passent donc par le statut d'établissement de paiement. Il exige un capital libéré de 5 millions de dinars et l'agrément de la BCT. Ces acteurs peuvent ouvrir des comptes de paiement, gérer dépôts et retraits, virements et paiements par carte, mais uniquement en dinars, sur le territoire tunisien et sans octroyer de crédit.
La nouvelle circulaire 2026-10 de la BCT, publiée le 25 septembre 2026, remplace le cadre de 2018. Selon Challenges et Webdo, elle conserve trois niveaux de compte :
- Niveau 1 (particuliers uniquement) : solde plafonné à 1 500 dinars.
- Niveau 2 : solde plafonné à 5 000 dinars, retraits en espèces limités à 3 000 dinars par jour.
- Niveau 3 : solde plafonné à 20 000 dinars, retraits limités à 10 000 dinars par jour.
Le texte autorise l'ouverture de compte à distance, avec au moins deux facteurs d'authentification et une preuve de vie, et impose un audit de cybersécurité annuel, une gouvernance renforcée et l'accord préalable de la BCT pour les partenariats. Les établissements ont trois mois pour se conformer.
Avec ces plafonds, le wallet sert au paiement et au transfert, mais ne remplace pas un compte bancaire : les salaires au-delà du plafond, l'épargne et le crédit restent du ressort des banques.
Ceux qui s'en approchent
Quelques acteurs tunisiens testent les limites :
- Ooredoo Fintech Tunisie a obtenu en février 2026 l'agrément de la BCT pour lancer walletii : paiement de factures, transferts et opérations en espèces via le réseau de distribution d'Ooredoo.
- Insight Plus, startup labellisée fondée en 2019 et connue pour sa plateforme de change destinée aux banques et bureaux de change, a annoncé à Managers en janvier 2026 une offre transfrontalière pour la diaspora, avec ouverture de comptes en dinars visée pour mi-2026. L'article ne précise pas sous quel statut.
- EasyBank, fondée en 2023, a levé 1,2 million de dinars (environ 370 000 dollars) en janvier 2025, selon Wamda. Malgré son nom, c'est une plateforme fintech d'accès au crédit et aux services bancaires, pas une banque agréée.
Les banques elles-mêmes déploient l'entrée en relation à distance, permise par une circulaire de la BCT du 28 février 2025. Une marque numérique adossée à une banque existante est sans doute la forme la plus réaliste d'une néobanque tunisienne. Voir notre état des lieux de la banque digitale en Tunisie.
Ce qu'il faudrait changer
Pour qu'une véritable néobanque voie le jour, plusieurs conditions devraient être réunies :
- Un agrément proportionné, soit une catégorie « banque digitale », soit une voie claire vers un agrément « à la carte » centré sur les dépôts et les paiements.
- Des plafonds de wallet plus souples, ou un cadre de partenariat banque-établissement de paiement pour l'épargne et le crédit.
- Plus de souplesse de change, les services transfrontaliers pour la diaspora restant contraints par une réglementation qui commence à peine à évoluer.
- Une identité numérique généralisée, pour un e-KYC fiable et bon marché.
- Des capitaux patients : 50 millions de dinars, c'est beaucoup dans un marché où les levées de fonds restent modestes.
La sandbox réglementaire de la BCT offre un cadre pour tester ces modèles avant toute réforme des agréments.
En résumé pour les fondateurs
Lancer une néobanque en Tunisie en 2026 suppose de choisir entre lever un capital de niveau bancaire et opérer dans les limites d'un établissement de paiement. La plupart des fondateurs choisiront la seconde option, s'adosseront à une banque pour les dépôts et le crédit, et miseront sur l'expérience utilisateur, l'enrôlement et des niches comme la diaspora, les étudiants ou les petits commerçants. Les réformes des agréments et du change décideront si une vraie banque numérique devient possible.
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Questions fréquentes
Existe-t-il une néobanque en Tunisie ?
En octobre 2026, aucune banque entièrement numérique n'est agréée en Tunisie. Les wallets des établissements de paiement et les services en ligne des banques couvrent une partie des besoins, sans être des néobanques au sens strict.
Peut-on utiliser Revolut ou N26 en Tunisie ?
Les néobanques étrangères ne disposent d'aucun agrément de la BCT, et les établissements de paiement tunisiens n'opèrent qu'en dinars et sur le territoire. Les résidents doivent vérifier les conditions de chaque prestataire et la réglementation des changes.
Quel capital faut-il pour créer une banque en Tunisie ?
La loi 2016-48 fixe le capital minimum d'une banque à 50 millions de dinars, et l'agrément est délivré en deux étapes par une commission présidée par le gouverneur de la BCT. Un établissement de paiement doit disposer de 5 millions de dinars libérés.
Sources
- By the book: A new banking law provides clearer guidelines — Oxford Business Group
- Paiement mobile en Tunisie : la BCT resserre les règles avec sa nouvelle circulaire n°2026-10 — Challenges
- Les nouvelles règles régissant l'activité et le fonctionnement des établissements de paiement — Ilboursa
- Insight Plus : la fintech tunisienne qui veut devenir la Revolut de la diaspora — Managers
- Tunisian fintech EasyBank secures $370,000 investment — Wamda
- Égypte : la Banque centrale valide la création d'une banque entièrement numérique — Tunisie Numérique
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