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Open banking en Tunisie : où en est-on en 2026 ?

L'open banking est discuté en Tunisie depuis 2018, mais aucun texte n'impose encore aux banques d'ouvrir leurs API. Ce qui existe, ce qui manque et comment avancer.

Open banking en Tunisie : où en est-on en 2026 ?

À retenir

  • En octobre 2026, aucun texte n'oblige les banques tunisiennes à partager données ou fonctions de paiement via des API.
  • La BCT soutient l'open banking sur le principe, notamment lors de l'Africa Banking Forum de février 2025.
  • Les comptes rendus de la circulaire 2026-10 sur les établissements de paiement ne mentionnent aucune obligation d'API ouvertes.
  • Sandbox, switch national de la SMT, TUNPAY et règles d'e-KYC sont autant de briques pour un futur cadre.
2018
année du premier débat public sur une DSP2 tunisifiée
CIO Mag, 2018
4
startups dans la première cohorte de la sandbox BCT (2021)
Managers, 2021

L'open banking en Tunisie fait débat depuis huit ans, mais n'a toujours pas de traduction juridique. En octobre 2026, la Banque centrale de Tunisie (BCT) n'a publié aucun texte obligeant les banques à partager, via des API, les données ou les fonctions de paiement de leurs clients avec des tiers agréés. Il existe plutôt une série de briques : une sandbox, un switch national de paiement mobile, des règles d'entrée en relation à distance et des partenariats banques-fintechs.

L'open banking, de quoi parle-t-on et pourquoi c'est important

L'open banking permet à un client d'autoriser un tiers, comme une application de gestion budgétaire ou une startup de paiement, à consulter ses données bancaires ou à initier des paiements depuis son compte, grâce à des interfaces de programmation (API) sécurisées et standardisées. Dans l'Union européenne, la deuxième directive sur les services de paiement (DSP2), en vigueur depuis janvier 2018, l'a rendu obligatoire et a créé deux statuts : initiateur de paiement et agrégateur d'informations sur les comptes.

Pour les fintechs tunisiennes, l'enjeu est concret. Sans API, une startup qui veut afficher un solde, vérifier des revenus pour un crédit ou déclencher un virement doit négocier un accord spécifique avec chaque banque, ou bricoler. Les coûts montent, la croissance ralentit.

L'open banking en Tunisie : un débat ouvert depuis 2018

L'idée d'une « DSP2 tunisifiée » a été discutée dès octobre 2018 lors d'une conférence au siège de l'UTICA, coorganisée par la BCT, l'APTBEF et la Fédération nationale du numérique. Selon le compte rendu de CIO Mag, les intervenants plaidaient pour un cadre inspiré de la DSP2 et pour une API standard unique dès le départ, sur le modèle britannique, plutôt qu'une API propre à chaque banque.

Le régulateur se montre favorable sur le principe. Lors de l'Africa Banking Forum, à Tunis en février 2025, le vice-gouverneur de la BCT Mourad Abdessalem a qualifié l'open banking de levier fondamental de collaboration entre banques et fintechs, porteur de services plus personnalisés et d'une meilleure expérience client.

Aucun cadre contraignant n'a suivi. Des observatoires indépendants, dont la revue pays d'Open Banking Nigeria (mise à jour mi-2026), indiquent que la Tunisie ne dispose ni de cadre, ni de consultation, ni de calendrier publié.

Ce que couvrent les nouvelles règles de paiement, et ce qu'elles ne couvrent pas

Le 25 septembre 2026, la BCT a publié la circulaire 2026-10 sur les établissements de paiement, qui remplace le cadre de 2018. La presse (Managers, Challenges, Webdo) détaille des règles de gouvernance, d'entrée en relation à distance, de cantonnement des fonds, d'audit de cybersécurité et de partenariats. Aucun de ces comptes rendus ne mentionne d'obligation d'ouverture d'API aux tiers, et le texte vise les établissements de paiement, pas les banques. Un titre de presse évoquait des « Open APIs », sans que le contenu de l'article ne le confirme. Tant que le texte intégral n'a pas été analysé, mieux vaut ne pas y voir la naissance de l'open banking.

Les briques déjà en place

Même sans régime formel, plusieurs infrastructures vont dans le bon sens.

Un switch national et l'interopérabilité

La Société Monétique Tunisie (SMT) gère le switch national de paiement mobile, socle de l'interopérabilité entre wallets. En mai 2026, la note n° 2026-132 de la BCT a créé TUNPAY, label unique du paiement mobile que tous les émetteurs de wallets sont appelés à adopter. L'interopérabilité n'est pas l'open banking, mais elle crée un rail commun sur lequel des API pourraient se brancher. Voir notre dossier sur le paiement instantané et le switch national.

Une sandbox réglementaire

La BCT a mis en place une sandbox réglementaire et retenu en janvier 2021 sa première cohorte : Kaoun, Sqoin & Coinsence, Instaclear et TLedger, actifs dans l'identification à distance, la compensation transfrontalière et la monnaie numérique. C'est le cadre naturel pour tester des modèles de partage de données avant de les réglementer.

Enrôlement à distance et identité numérique

Une circulaire de la BCT du 28 février 2025 autorise l'enrôlement électronique des clients des banques, et la circulaire 2026-10 fait de même pour les établissements de paiement. La BCT a aussi annoncé l'intégration de l'identité numérique E-Houwiya à la plateforme Paysmart. Une identité numérique fiable est un préalable au partage de données fondé sur le consentement.

Les obstacles

  • La protection des données. La loi organique 2004-63 sur les données personnelles date de 2004, bien avant le partage de données par API. Sa refonte est évoquée depuis des années ; notre article sur la protection des données pour les fintechs fait le point.
  • La maturité des banques. Beaucoup remplacent encore leur core banking, et des professionnels ont estimé lors de l'Africa Banking Forum 2025 que les banques tunisiennes accusent un retard sur plusieurs homologues africains.
  • L'absence de standard. Sans spécification commune, chaque intégration bilatérale repart de zéro.
  • Les statuts manquants. Il n'existe pas d'agrément d'agrégateur ou d'initiateur de paiement. Une fintech doit se loger dans un statut existant, comme celui d'établissement de paiement.

Ce que les fondateurs peuvent faire dès maintenant

En attendant la réglementation, l'open banking tunisien passe par des contrats, pas par des droits :

  1. Négocier banque par banque, en ciblant une ou deux banques dotées d'un système central moderne.
  2. Passer par la sandbox pour tester le partage de données ou l'initiation de paiement sous le regard du régulateur.
  3. Concevoir pour le consentement et la sécurité dès le départ, afin d'être prêt le jour où un cadre sera adopté.
  4. S'appuyer sur les rails communs, comme le switch de la SMT et TUNPAY, plutôt que sur des intégrations fermées.

Le discours du régulateur est favorable et les briques existent. Il manque le cadre qui transformerait des accords bilatéraux en véritable marché.

Entreprises citées

Questions fréquentes

L'open banking est-il obligatoire en Tunisie ?

Non. En octobre 2026, aucune règle de la BCT n'impose aux banques d'ouvrir l'accès aux comptes clients à des tiers agréés via des API. L'accès dépend d'accords bilatéraux entre banques et fintechs.

La circulaire BCT 2026-10 instaure-t-elle l'open banking ?

D'après la presse, la circulaire publiée le 25 septembre 2026 porte sur la gouvernance, l'enrôlement, la protection des fonds et la cybersécurité des établissements de paiement. Aucun compte rendu détaillé ne mentionne d'obligation d'API ouvertes ; il faut se reporter au texte intégral.

Comment une fintech peut-elle accéder aux données bancaires aujourd'hui ?

Surtout par des partenariats directs avec des banques, ou en testant son modèle dans la sandbox de la BCT. S'appuyer sur des infrastructures communes comme le switch national de la SMT réduit aussi le travail d'intégration.

Sources

  1. FinTech et open banking : vers une DSP2 « Tunisifiée » — CIO Mag
  2. Africa Banking Forum 2025 : la BCT plaide pour une digitalisation inclusive — Webmanagercenter
  3. Open banking in Tunisia — Open Banking Nigeria
  4. Circulaire sur les établissements de paiement : la BCT publie une version rectifiée — Managers
  5. TUNPAY : vers un big bang du paiement mobile — Tunisie Numérique
  6. Quatre startups retenues à la première cohorte de la sandbox de la BCT — Managers

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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