PAPSS : comment fonctionne le système panafricain de paiement
PAPSS promet des paiements transfrontaliers africains en monnaies locales, sans passer par le dollar ou l'euro. La Tunisie y a adhéré en 2024. Mais le système est-il utilisé ?
À retenir
- PAPSS, lancé en janvier 2022 par Afreximbank, permet aux banques de payer d'un pays africain à l'autre en monnaies locales, avec un règlement net quotidien via les banques centrales.
- En septembre 2026, le système revendiquait 24 banques centrales, plus de 200 banques commerciales et prestataires de paiement, et 16 switchs dans plus de 30 pays.
- La BCT a adhéré en février 2024, première banque centrale d'Afrique du Nord à le faire ; banques et La Poste doivent obtenir une attestation de non-objection pour s'y connecter.
- PAPSS affiche une croissance rapide mais publie peu de chiffres absolus : son poids réel dans le commerce tunisien reste difficile à mesurer.
Pour régler un fournisseur au Ghana ou au Kenya depuis la Tunisie, il faut généralement convertir des dinars en euros ou en dollars, faire transiter l'argent par des banques correspondantes hors d'Afrique, puis le reconvertir à l'arrivée. Le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) a été conçu pour supprimer ce détour. La Banque centrale de Tunisie y a adhéré en 2024 : reste à savoir ce que le système peut réellement apporter aux banques, exportateurs et fintechs tunisiens.
Qu'est-ce que PAPSS ?
PAPSS est une infrastructure de marché financier développée par Afreximbank, la Banque africaine d'import-export, avec l'Union africaine et le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Annoncé à Niamey en juillet 2019, il a été lancé à Accra le 13 janvier 2022, d'abord sous forme de pilote dans des pays d'Afrique de l'Ouest.
L'objectif est simple : permettre à une personne ou à une entreprise d'un pays africain de payer un bénéficiaire d'un autre pays dans sa propre monnaie, la conversion et le règlement se faisant sur le continent. Le président d'Afreximbank estimait que le système pourrait faire économiser plus de 5 milliards de dollars par an en coûts de transaction, selon Afrique IT News au moment de l'adhésion tunisienne.
Comment fonctionne PAPSS ?
Selon la description publiée par PAPSS, le système repose sur trois mécanismes :
- Le paiement instantané. L'émetteur donne un ordre en monnaie locale à sa banque. PAPSS effectue les contrôles de validation et de sanctions, puis transmet le paiement ; la banque du bénéficiaire le crédite dans sa monnaie. PAPSS annonce un traitement en moins de 120 secondes, 24 heures sur 24.
- Le préfinancement. Les participants directs alimentent un compte de règlement via le système de règlement brut en temps réel (RTGS) de leur banque centrale avant d'émettre des paiements. Les plus petits établissements peuvent participer indirectement par l'intermédiaire d'une banque « sponsor ».
- Le règlement net. Une fois par jour, actuellement à 11 h UTC, PAPSS calcule la position nette de chaque banque centrale. Celles-ci règlent en monnaie locale, et Afreximbank règle les positions correspondantes en devises sur des comptes qu'elle tient pour les banques centrales.
Le point clé est la compensation. Au lieu d'un transfert en dollars ou en euros pour chaque paiement, seul le solde net entre pays est réglé en devises en fin de journée. PAPSS affirme pouvoir réduire jusqu'à 80 % les besoins en devises.
Où en est le déploiement ?
PAPSS progresse régulièrement, mais part de loin. Lors de l'adhésion tunisienne en février 2024, la BCT indiquait que le réseau comptait 108 participants, dont 12 banques centrales et 96 banques commerciales, selon Webmanagercenter.
Dans un communiqué de septembre 2026 publié par Zawya, PAPSS revendique :
- plus de 30 pays africains, dont une dizaine ayant rejoint le système en 2026 ;
- 24 banques centrales nationales et régionales ;
- plus de 200 banques commerciales et prestataires de services de paiement ;
- 16 switchs nationaux de paiement.
Le système fait aussi état d'une hausse d'environ 1 000 % des volumes et d'environ 120 % des montants par rapport à la même période de 2025. Faute de chiffres absolus dans ce communiqué, ces taux de croissance restent difficiles à interpréter.
D'autres produits s'ajoutent. Une carte PAPSS a été lancée en juin 2025, et le marché africain des devises (African Currency Marketplace), ouvert en juillet 2025, doit permettre aux institutions d'échanger directement des monnaies africaines sans passer par le dollar, selon AllBusiness.Africa.
Ce qui freine l'adoption
Connecter des banques ne suffit pas à convaincre les commerçants. Plusieurs obstacles sont documentés :
- La paperasse. Au Nigeria, les lourdes formalités de change étaient le principal frein pour les PME, jusqu'à leur allègement par la banque centrale en avril 2025.
- La couverture. De nombreux pays africains ne sont pas encore connectés : un corridor ne fonctionne que si les deux côtés le sont.
- La notoriété. PAPSS reconnaît lui-même que sa prochaine phase, à partir de 2027, portera sur la sensibilisation des clients et sur des corridors prioritaires.
- Les marchés parallèles. Là où le taux officiel s'écarte du marché parallèle, les opérateurs peuvent continuer à utiliser les circuits informels.
La place de la Tunisie
La BCT a signé son adhésion en février 2024, en présence de la ministre du Commerce ainsi que de responsables de PAPSS et d'Afreximbank, qui l'a qualifiée de toute première adhésion d'une banque centrale d'Afrique du Nord. La BCT y voyait un moyen d'approfondir l'intégration de la Tunisie dans la ZLECAf, à laquelle le pays appartient depuis juillet 2020, et d'offrir aux exportateurs une solution plus rapide et moins coûteuse. Elle avait déjà rejoint en 2022 Buna, le système de paiement régional arabe.
En mai 2024, selon Managers, la BCT a précisé que les banques participant à son système RTGS et l'Office national des postes pouvaient devenir participants directs, à condition d'obtenir une attestation de non-objection de la BCT. Nous n'avons pas trouvé de données publiques sur le nombre d'établissements tunisiens effectivement connectés ni sur les volumes traités.
Ce que cela change pour les entreprises et fintechs tunisiennes
Pour les entreprises tunisiennes, PAPSS est d'abord un outil interbancaire. Son utilité dépend de trois éléments :
- Les connexions bancaires. Un exportateur ne peut utiliser PAPSS que si sa banque, et celle de son client, sont connectées. Interroger sa banque est le premier réflexe.
- La réglementation des changes. Un paiement en monnaie locale reste soumis à la réglementation tunisienne. La réforme du code des changes comptera autant que l'infrastructure.
- L'accès des fintechs. PAPSS connecte désormais des prestataires de paiement et des switchs, pas seulement des banques. À terme, des établissements de paiement tunisiens pourraient proposer des versements vers l'Afrique, adossés au paiement instantané national.
PAPSS n'est qu'une des réponses au casse-tête des paiements transfrontaliers africains, aux côtés des passerelles privées et des stablecoins. Notre article sur la ZLECAf, le commerce numérique et les paiements le replace dans son contexte commercial.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que PAPSS ?
PAPSS est le système panafricain de paiement et de règlement, lancé en janvier 2022 par Afreximbank avec l'Union africaine et le secrétariat de la ZLECAf. Il permet aux banques et prestataires de paiement d'effectuer des paiements transfrontaliers africains en monnaies locales, avec un règlement net quotidien via les banques centrales.
La Tunisie fait-elle partie de PAPSS ?
Oui. La Banque centrale de Tunisie a adhéré à PAPSS en février 2024, première banque centrale d'Afrique du Nord à le faire. Les banques participant au RTGS et La Poste peuvent devenir participants directs après avoir obtenu une attestation de non-objection de la BCT.
Combien de pays utilisent PAPSS ?
En septembre 2026, PAPSS revendiquait plus de 30 pays africains, avec 24 banques centrales, plus de 200 banques commerciales et prestataires de paiement, et 16 switchs connectés.
PAPSS supprime-t-il le recours au dollar ?
Pas totalement. Les clients paient et reçoivent en monnaie locale, mais les positions nettes entre banques centrales sont toujours réglées en devises via Afreximbank une fois par jour. La compensation réduit toutefois les besoins en devises, jusqu'à 80 % selon PAPSS.
Sources
- How it works — PAPSS
- PAPSS targets accelerated adoption and transaction growth as network expands across Africa — Zawya (PAPSS press release)
- Tunisie : adhésion au système PAPSS pour booster le commerce intra-africain — Webmanagercenter
- La BCT, passage obligé pour l'adhésion des institutions financières tunisiennes au PAPSS — Managers
- La Banque centrale de Tunisie s'engage dans PAPSS — Afrique IT News
- PAPSS and cross-border payments in Africa — AllBusiness.Africa
Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.