Afrique

Stablecoins en Afrique : adoption, règles et Tunisie

L'Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars en crypto en un an, et les stablecoins y servent de dollar de substitution. Les régulateurs passent à l'agrément, pas encore la Tunisie.

Stablecoins en Afrique : adoption, règles et Tunisie

À retenir

  • L'Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, en hausse d'environ 52 %, dont 92,1 milliards pour le Nigeria.
  • Les stablecoins comme l'USDT et l'USDC servent de substitut au dollar pour l'épargne, le commerce et les règlements entre entreprises.
  • La loi kényane de 2025 confie les stablecoins à la banque centrale ; le projet de loi marocain 42.25 ferait de même avec Bank Al-Maghrib.
  • La Tunisie n'a pas de loi sur la crypto ; une proposition de nouveau code des changes était encore en commission en juin 2026.
$205bn
de valeur on-chain reçue par l'Afrique subsaharienne, juil. 2024–juin 2025
Chainalysis, 2025
$92,1bn
reçus par le seul Nigeria sur la même période
Chainalysis, 2025
24th
rang mondial du Maroc en adoption crypto en 2025, malgré l'interdiction
Chainalysis via Morocco World News, 2025

Partout en Afrique, des jetons adossés au dollar comme l'USDT ou l'USDC sont devenus un outil concret pour épargner, payer des fournisseurs et envoyer de l'argent à l'étranger là où les devises manquent. Les stablecoins en Afrique pèsent désormais assez lourd pour que les régulateurs, de Nairobi à Rabat, les encadrent. La Tunisie, avec son contrôle des changes strict et sa large diaspora, se pose les mêmes questions sans y avoir encore répondu.

Quel poids pour la crypto en Afrique ?

Selon la société d'analyse blockchain Chainalysis, l'Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars en valeur on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, soit environ 52 % de plus que l'année précédente. C'est la troisième région à la croissance la plus rapide au monde, derrière l'Asie-Pacifique et l'Amérique latine.

L'activité est concentrée :

  • le Nigeria a reçu plus de 92,1 milliards de dollars, près de trois fois plus que le pays suivant ;
  • l'Afrique du Sud, l'Éthiopie, le Kenya et le Ghana complètent le top 5 régional ;
  • le volume mensuel a culminé à près de 25 milliards de dollars en mars 2025, porté par l'activité des plateformes nigérianes après une dévaluation.

L'usage de détail est réel : les transferts de moins de 10 000 dollars représentent plus de 8 % de la valeur régionale, contre 6 % ailleurs. Ces données portent sur les flux on-chain et ne couvrent qu'imparfaitement les échanges de gré à gré et informels : la réalité est sans doute plus importante.

Pourquoi des stablecoins et pas seulement du bitcoin ?

Le bitcoin domine encore les achats en monnaie locale sur les principaux marchés : 89 % des achats en monnaie fiduciaire au Nigeria et 74 % en Afrique du Sud, selon Chainalysis. Les stablecoins jouent un autre rôle : ils servent de substitut au dollar.

Une analyse publiée par All Business Africa en distingue trois usages principaux :

  • Protéger son épargne. Au Nigeria, les stablecoins servent de dollar de substitution face à l'inflation et à l'accès restreint aux devises.
  • Payer le commerce. Chainalysis décrit des transferts de plusieurs millions de dollars en stablecoins entre l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie, pour des paiements liés à l'énergie et au négoce.
  • Entrer et sortir du système. Des sociétés comme Yellow Card, présente dans une vingtaine de pays africains, convertissent les monnaies locales en USDT et USDC pour les entreprises.

L'USDT et l'USDC dominent ; les jetons libellés en euros restent marginaux.

Afrique du Nord : un usage élevé malgré les interdictions

Les pays d'Afrique du Nord ne figurent pas dans les chiffres subsahariens de Chainalysis, mais ils apparaissent dans son classement mondial. Dans l'indice 2025 d'adoption des cryptomonnaies, le Maroc se classe 24e et l'Égypte 26e au monde, devant l'Afrique du Sud (28e), selon Morocco World News. Le Maroc atteint ce rang alors que la crypto y est officiellement interdite depuis 2017. Sur la même période, les transactions crypto ont progressé de 33 % dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

L'écart entre l'interdiction formelle et l'usage réel est le cœur du problème pour l'Afrique du Nord : l'interdiction renvoie l'activité vers des plateformes non régulées et des échanges de gré à gré, où les consommateurs ne sont pas protégés et où les autorités ne voient presque rien.

Les régulateurs passent de l'interdiction à l'agrément

Plusieurs pays africains font entrer les stablecoins dans le périmètre régulé :

  • Le Kenya a promulgué sa loi sur les prestataires de services sur actifs virtuels le 15 octobre 2025, en vigueur depuis le 4 novembre 2025. La banque centrale supervise les stablecoins et les services de paiement, l'autorité des marchés de capitaux les plateformes d'échange. Les émetteurs doivent détenir une garantie intégrale auprès de dépositaires kényans agréés et assurer le remboursement, selon Launch Base Africa. Les acteurs existants disposent de 12 mois pour obtenir un agrément.
  • L'Afrique du Sud a classé les crypto-actifs comme produits financiers, et Absa, l'une de ses plus grandes banques, s'appuie sur Ripple pour la conservation d'actifs numériques.
  • Le Nigeria s'oriente vers la formalisation, avec des plateformes agréées, même si l'application des règles reste inégale.
  • Le Maroc a publié en novembre 2025 un projet de loi qui confierait les stablecoins à Bank Al-Maghrib.

Les stablecoins concurrencent aussi des projets publics. Le Système panafricain de paiement et de règlement d'Afreximbank a lancé en juillet 2025 un marché des devises africaines permettant l'échange direct entre monnaies du continent, comme l'explique notre article sur PAPSS.

Où en est la Tunisie ?

La Tunisie n'a pas de loi dédiée à la crypto. En 2023, une version préliminaire du nouveau code des changes préparée par la Banque centrale de Tunisie (BCT) précisait que les crypto-actifs n'ont pas le statut juridique d'une monnaie. En mars 2024, la ministre des Finances indiquait que ce projet permettrait aux Tunisiens de détenir et d'échanger des cryptomonnaies, sous autorisation de la BCT et au-delà d'un seuil financier, selon Managers.

Ce projet gouvernemental n'a pas abouti. À sa place, une proposition de loi de 91 articles visant à remplacer la loi de 1976 sur les changes, déposée par 45 députés en octobre 2025, était encore à l'examen en commission en juin 2026, selon La Presse. Tant qu'un nouveau code n'est pas adopté, l'achat de stablecoins avec des dinars ne repose sur aucun cadre juridique clair, et la réglementation des changes continue de s'appliquer. Nos articles sur le statut juridique de la crypto en Tunisie et la réforme du code des changes suivent le débat.

Ce que cela signifie pour les fondateurs tunisiens

  • La demande existe, pour les mêmes raisons. Freelances payés en devises, importateurs et familles de la diaspora subissent des contraintes de change comparables à celles qui expliquent l'usage des stablecoins ailleurs.
  • La réglementation est le goulot d'étranglement. Sans statut d'agrément, aucune startup tunisienne ne peut légalement proposer de passerelle entre dinar et stablecoins, et les utilisateurs se rabattent sur des applications étrangères et le gré à gré.
  • Le Kenya et le Maroc offrent des modèles. Une supervision partagée, la banque centrale pour les stablecoins et le régulateur de marché pour les plateformes, avec des réserves intégrales, devient la norme africaine.
  • Les transferts de la diaspora sont le cas d'usage évident, mais seulement dans un cadre légal. Voir notre analyse des canaux de transfert de la diaspora.

Questions fréquentes

Pourquoi les stablecoins sont-ils populaires en Afrique ?

Dans de nombreux pays africains, l'accès au dollar est limité et les monnaies locales se déprécient vite. Les stablecoins adossés au dollar permettent d'épargner, de payer des fournisseurs et d'envoyer de l'argent à l'étranger sans passer par des circuits de change officiels saturés.

Quel pays africain utilise le plus la crypto ?

Le Nigeria, de loin. Selon Chainalysis, il a reçu plus de 92,1 milliards de dollars en valeur on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, près de trois fois plus que l'Afrique du Sud.

Est-il légal d'acheter des stablecoins en Tunisie ?

Aucune loi tunisienne n'autorise ni n'encadre les services sur crypto-actifs, et la réglementation des changes s'applique. Un nouveau code des changes susceptible de traiter la question était encore à l'examen au Parlement à la mi-2026. Mieux vaut consulter un juriste avant d'agir.

Sources

  1. Sub-Saharan Africa crypto adoption 2025 — Chainalysis
  2. Crypto and stablecoins in Africa — All Business Africa
  3. Kenya's crypto grey zone ends: operators have 12 months to join annual licensing club — Launch Base Africa
  4. Morocco strengthens its position among leading cryptocurrency markets — Morocco World News
  5. Code des changes : les Tunisiens peuvent désormais détenir et échanger des cryptomonnaies — Managers
  6. Réglementation de change : un nouveau code à l'examen — La Presse de Tunisie (via AllAfrica)

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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