Financement

Levées de fonds : le quasi-désert tunisien du S1 2026

Les startups tunisiennes n'ont presque rien levé en fonds propres au premier semestre 2026, contre six opérations pour 5,4 millions de dollars un an plus tôt.

Levées de fonds : le quasi-désert tunisien du S1 2026

À retenir

  • Launch Base Africa n'a relevé quasiment aucune levée en fonds propres publique en Tunisie au S1 2026, hormis l'investissement à six chiffres de 216 Capital dans RoboCare.
  • Un an plus tôt, six opérations publiques avaient permis de lever environ 5,4 millions de dollars, dont 3,5 millions pour Kumulus.
  • La loi n° 2025-9 a interdit la sous-traitance de main-d'œuvre, et l'amendement de décembre 2025 sur les comptes en devises attendait encore ses circulaires à la mi-2026.
  • Le Maroc a levé plus de 30 millions de dollars en huit tours sur la même période, porté par des investisseurs locaux comme l'Azur Innovation Fund.
$5,4M
levés en six opérations publiques au S1 2025
Launch Base Africa, 2026
$30M+
levés par les startups marocaines en huit tours au S1 2026
Launch Base Africa, 2026
8 %
taux d'investissement de la Tunisie (% du PIB) en 2023, contre 20 %
Ridha Chkoundali via Launch Base Africa, 2026

Le marché du capital-risque tunisien s'est presque arrêté au premier semestre 2026. Selon une analyse de Launch Base Africa publiée le 29 juillet 2026, aucun tour de table significatif n'a été rendu public dans le pays entre janvier et juin, contre six opérations pour environ 5,4 millions de dollars un an plus tôt. Le média met en cause une loi du travail restrictive, une réglementation des changes qui commence à peine à évoluer et une économie fragile.

Quasi aucune levée en fonds propres au S1 2026 : ce que disent les chiffres

Launch Base Africa parle de « quasi zéro » opération plutôt que de zéro. La seule prise de participation publique qu'il recense sur la période est un investissement à six chiffres de 216 Capital dans RoboCare, une startup agritech de Sfax. Wamda a annoncé l'opération le 23 juin 2026, sans en préciser le montant. Fondée en 2020 par Imen Hbiri, RoboCare développe une plateforme d'agriculture de précision fondée sur l'IA pour les oléiculteurs, céréaliers et producteurs de tomates.

Le contraste avec 2025 est net. Au premier semestre 2025, Launch Base Africa comptait six opérations publiques pour environ 5,4 millions de dollars, dont 3,5 millions pour Kumulus, spécialiste de la production d'eau à partir de l'air, et des levées plus modestes pour Dabchy, GENOW, EasyBank et Pixii Motors.

Les méthodes de comptage varient. African Manager, s'appuyant sur des données de Wamda, a fait état d'environ 300 000 dollars levés en trois opérations sur la même période (voir notre analyse de ce chiffre). Les deux sources décrivent la même réalité : le financement en fonds propres s'est presque tari.

La loi du travail qui a changé l'équation des recrutements

Premier facteur pointé par Launch Base Africa : la réforme du Code du travail. La loi n° 2025-9, adoptée par le Parlement en mai 2025 et publiée au JORT le 23 mai 2025, interdit la sous-traitance de main-d'œuvre et fait du CDI la règle. Les CDD qui ne relèvent pas des cas limitativement prévus par la loi sont requalifiés en contrats à durée indéterminée.

Beaucoup de jeunes entreprises tech recouraient à des salariés sous-traités ou en CDD pour grossir leurs équipes sans engagement de long terme. Ces options disparues, la masse salariale est devenue moins souple et la trésorerie s'épuise plus vite. Effet le plus visible : Adecco, présent depuis 23 ans en Tunisie et fort de plus de 100 000 placements, a annoncé en août 2025 son départ du pays pour fin octobre. Pour le détail des conséquences sur l'embauche, voir notre guide de la réforme du travail.

Réforme des changes : votée, mais en attente des textes d'application

Deuxième facteur : les changes. Jusqu'en décembre 2025, les résidents tunisiens ne pouvaient pas légalement détenir de compte bancaire en devises. Le 2 décembre 2025, le Parlement a adopté un amendement à la loi de finances 2026 qui le leur permet, par 69 voix pour, 17 contre et 17 abstentions. Une proposition similaire avait été rejetée en novembre 2024.

La mesure vise surtout les particuliers, comme les freelances payés depuis l'étranger. Ce n'est pas une libéralisation des flux de capitaux : la loi de 1976 sur les changes reste en vigueur, et la Banque centrale doit publier des circulaires fixant plafonds, conditions d'éligibilité et contrôles de conformité. Selon Launch Base Africa, ces circulaires n'étaient toujours pas parues à la fin du premier semestre 2026 ; la réforme n'avait donc encore aucun effet concret pour les investisseurs et les fondateurs. Pour aller plus loin, lire notre décryptage de la réforme du code des changes.

Un contexte économique défavorable

Les investisseurs composent aussi avec une conjoncture difficile. Launch Base Africa cite l'économiste Ridha Chkoundali, selon qui le taux d'investissement de la Tunisie est passé d'une moyenne de 20 % du PIB sur 2015-2019 à 8 % en 2023. Le média évoque aussi une inflation alimentaire bien supérieure à l'inflation générale, un chômage des diplômés qui pousse les jeunes à partir vers l'Europe et le Golfe, et l'incertitude politique cinq ans après la suspension du Parlement par le président Kaïs Saïed.

Le contre-exemple marocain : des capitaux locaux

Sur les mêmes six mois, le Maroc a enregistré plus de 30 millions de dollars en huit tours de table publics, selon Launch Base Africa. Parmi eux, une série A de 15 millions pour la proptech Yakeey, soutenue par Enza Capital, IFC, Beltone VC et CDG Invest, et une levée de 4 millions pour WafR. L'Azur Innovation Fund a participé à quatre opérations.

La leçon tirée par Launch Base Africa porte sur l'origine des fonds. Au Maroc, banques, holdings et investisseurs publics financent les startups locales, alors que les jeunes pousses tunisiennes dépendent davantage d'investisseurs étrangers contraints de contourner les règles locales. Voir notre dossier sur la fintech au Maroc.

Ce qui reste à la portée des fondateurs tunisiens

Des financements existent encore :

  • Le fonds de fonds ANAVA : doté de 60 millions de dollars, il a engagé 45 millions d'euros dans dix fonds, dont sept centrés sur la Tunisie, selon Launch Base Africa.
  • Les fonds d'amorçage locaux : l'investissement de 216 Capital dans RoboCare montre que les fonds d'amorçage tunisiens continuent d'investir, même lentement.
  • Les structures à l'étranger : de nombreux fondateurs lèvent encore via une holding hors de Tunisie, ce qui coûte plus cher mais rend possibles les tours internationaux.

Pourquoi c'est important

Un semestre sans levée significative ne signifie pas que la Tunisie manque de bonnes entreprises. Il montre à quel point un petit marché dépend des choix politiques. Un retournement passera sans doute par plusieurs leviers à la fois : les circulaires d'application de la réforme des changes, des options d'embauche plus claires pour les jeunes entreprises, et une confiance des investisseurs qu'une seule loi ne suffira pas à reconstruire.

Entreprises citées

Questions fréquentes

Combien les startups tunisiennes ont-elles levé au premier semestre 2026 ?

Très peu. Launch Base Africa n'a recensé qu'une prise de participation publique, l'investissement à six chiffres de 216 Capital dans RoboCare, tandis qu'African Manager, citant des données de Wamda, évoque environ 300 000 dollars en trois opérations. Les méthodes diffèrent, mais les deux sources décrivent un quasi-arrêt.

Pourquoi le financement des startups a-t-il chuté en Tunisie en 2026 ?

Launch Base Africa met en cause la loi n° 2025-9, qui interdit la sous-traitance de main-d'œuvre et généralise le CDI, une réforme des changes de décembre 2025 toujours privée de circulaires d'application, et une économie fragile au taux d'investissement très bas.

Les résidents tunisiens peuvent-ils désormais ouvrir un compte en devises ?

Le Parlement l'a autorisé en décembre 2025 par un amendement à la loi de finances 2026. Dans les faits, tout dépend des circulaires de la Banque centrale sur les plafonds et l'éligibilité, qui n'étaient pas publiées à la mi-2026 selon Launch Base Africa.

Sources

  1. Near Zero Equity Deals in H1: What Happened to Tunisia's Startup Ecosystem? — Launch Base Africa
  2. Tunisia's RoboCare secures six-figure investment from 216 Capital — Wamda
  3. Tunisie : publication au JORT de la loi interdisant la sous-traitance et renforçant les CDI — WMC (webmanagercenter)
  4. Tunisia scraps 50-year forex rule to retain tech talent and startups — Launch Base Africa
  5. Tunisian startups raise just $300,000 in H1 2026 — African Manager

Cet article est fourni à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en investissement. Les chiffres sont datés et sourcés ; vérifiez les dernières publications officielles avant toute décision.

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